« En Acadie, j’ai réalisé que les jeunes francophones font face aux mêmes problèmes que nous, même s’ils sont plus nombreux qu’au Manitoba. »
Originaire de La Broquerie, Benjamin Niyomugabo, 18 ans, étudie les sciences politiques à l’Université de Moncton.
Ancien membre d’un conseil étudiant et du Conseil jeunesse provincial (CJP), il met des mots sur un malaise de longue date.
Pour Benjamin Niyomugabo, la relation des jeunes d’expression française aux langues s’explique en partie par la place qu’occupe l’anglais dans leur quotidien, à travers les relations sociales, les sports et les activités parascolaires, qui en font une langue dominante, voire une langue de fond.
« Quand il y a des gens qui surveillent, quand il y a des profs ou des animateurs, tu fais l’effort de parler en français. Mais dès que la supervision est partie, entre amis, on revient à l’anglais, parce que, dans certains contextes précis, certains jeunes peuvent vivre le français comme quelque chose d’imposé. »
Il insiste toutefois sur un point : « Je suis francophone et c’est ma fierté. Ça fait partie de mon identité », affirme-t-il.
Pour lui, la francophonie renvoie autant à une langue qu’à une culture.
L’héritage linguistique est un point qui continue, selon lui, d’influencer les attentes envers les jeunes : « On nous disait que si on arrêtait de parler français, la langue allait mourir. Tu portes énormément de poids ».
Une province bilingue au-delà du symbole
Ces réflexions prennent un relief particulier dans le contexte des consultations sur un Manitoba véritablement bilingue, marquées par la faible participation des jeunes.
« Un Manitoba bilingue, ça veut dire que nos services publics sont à 100 % bilingues. Pas seulement dans certains centres. Partout. Et les gens qui y travaillent doivent pouvoir te servir, de base, dans la langue de ton choix. »
Comme beaucoup de jeunes, sur les réseaux sociaux, Internet ou les plateformes diffusion en continu, Benjamin Niyomugabo consomme des contenus en anglais, mais aussi en français.
Il mentionne notamment la série franco-manitobaine Malgré moi, qu’il a particulièrement appréciée.
« Malgré moi, j’ai tellement aimé ça. Il y avait des endroits, des gens que je connaissais. Je me suis dit, cette émission est pour moi. »
Toutefois, il constate que le contenu francophone qui s’offre à lui, particulièrement dans son fil de recommandation, provient souvent du Québec.
« J’aime regarder ces contenus-là, mais ce n’est pas toujours ma réalité. On fait face à l’anglais différemment. Ce sont deux réalités différentes ».
C’est en partie ce constat qui l’a poussé à lancer sa chaîne YouTube (BANJY), où il propose des contenus ancrés dans son vécu, qui rejoignent aussi d’autres jeunes francophones en situation minoritaire ailleurs au pays.
Pour Benjamin Niyomugabo, l’enjeu central pour rejoindre les jeunes d’expression française se joue aussi dans l’accessibilité, car multiplier les plateformes ou complexifier les usages ne fonctionne pas toujours
Représentation et participation
Engagé depuis plusieurs années dans des organismes jeunesse francophones, Benjamin Niyomugabo a aussi été amené à s’interroger sur certaines dynamiques de participation.
À plusieurs reprises, il a parcouru plus d’une heure de route depuis chez lui pour assister à des activités en français à Winnipeg, pour parfois se retrouver le seul jeune noir dans ces espaces malgré la présence, à proximité, d’établissements scolaires fréquentés par des élèves d’origines diverses.
« Ça me fait mal, parce que tu vas à la programmation du CJP par exemple et il y a peut-être deux ou trois jeunes Noirs, moi compris. Moi, j’ai conduit plus d’une heure depuis La Broquerie pour me rendre là, puis je suis le seul jeune Noir dans la salle. Et pourtant, il y a une école secondaire juste à côté, avec une grande diversité d’élèves. Dans nos évènements, ça ne se reflète pas. »
Au fond, Benjamin Niyomugabo ramène tout à une même condition, pour qu’une province soit réellement bilingue, le français doit se vivre au quotidien, être accessible et refléter celles et ceux qui le portent.
« On connaît tous l’insécurité linguistique, explique-t-il, le point, c’est que tu peux battre l’insécurité linguistique juste en étant fier. Sois fier de qui tu es, sois fier de ton accent, sois fier d’être en immersion parce que tu es en train d’apprendre. »
Alors que le rapport issu des consultations sur une province véritablement bilingue devrait être disponible au mois de mars, la question de l’avenir de la francophonie dépasse les seuls enjeux politico-linguistiques, mais touche aussi à des enjeux de transmission et de reconnaissance.
