Par Raymond CLÉMENT.

Le professeur émérite de l’USB Raymond Hébert nous partage, depuis quelques temps, dans ses échanges avec Radio-Canada, ses inquiétudes concernant l’énorme déficit budgétaire du Manitoba qui, il est vrai, s’aggrave de plus en plus.

L’éditorialiste Michel Lagacé vient récemment de mettre en avant des préoccupations similaires, appuyées sur des données chiffrées précises à l’attention des lectrices et lecteurs de La Liberté.

Leurs inquiétudes sont-elles légitimes? Oui, absolument. À mon sens, il est toutefois essentiel de se rappeler comment on en est arrivé là.

Alors jetons un regard sur l’évolution politique et économique au cours des 40 dernières années. Avec l’arrivée au pouvoir, au début des années 1980, du Président américain Ronald Reagan et de la Première ministre britannique Margaret Thatcher, nous sommes entrés dans la période dit du néolibéralisme.

Ça mange quoi en hiver, le néolibéralisme?

Le néolibéralisme est une idéologie politico-économique qui fait la promotion du marché libre. Cette idéologie est accompagnée d’objectifs économiques comme la privatisation, la dérèglementation, le libre-échange, la mondialisation, le monétarisme et, last but not least, une politique d’austérité qui se traduit en pratique par des réductions, plus ou moins massives, dans les dépenses gouvernementales.

Autant d’objectifs néolibéraux que je mets régulièrement en lumière dans mes chroniques. Car leurs conséquences sont réelles sur le ralentissement, depuis 40 ans maintenant, de la croissance économique canadienne et manitobaine. Un ralentissement qui se répercute toujours plus clairement sur les finances publiques nationales et provinciales.

Survolons les impacts néfastes des objectifs principaux du néolibéralisme sur les composantes du Produit intérieur brut (PIB).

La politique de dérèglementation financière

Une première conséquence de la dérèglementation financière est l’énorme hausse des prix des maisons au cours des dernières décennies. Cette dérèglementation a aussi fait grimper la dette personnelle des ménages canadiens. Au point où de nos jours, les jeunes ménages font face à un défi quasi insurmontable pour prendre pied dans le marché du logement.

La politique de libre-échange

L’accord de libre-échange signé en 1994 avec les États-Unis et le Mexique a donné aux produits canadiens un accès à la plus grande région d’échanges au monde. Depuis son entrée en vigueur, les exportations et importations de biens ont fortement augmenté, à un niveau plus élevé que les autres composantes du PIB.

Depuis 2015 les importations sont supérieures aux exportations. Un phénomène qui amplifie la dette commerciale canadienne. Par ailleurs, l’industrie de l’automobile a connu une très forte baisse de sa production, qui était d’environ 3 millions de voitures en 1989, pour tomber à environ 1,3 million en 2024. Le nombre de travailleurs dans le secteur manufacturier est passé de 2,2 millions à 1,7 million.

La politique d’austérité

Cette action sur l’économie s’exerce principalement en réduisant les dépenses gouvernementales ou en augmentant les impôts et les taxes. Le ratio dépenses gouvernementales fédérales/ PIB est passé de 27 % durant les années 1980 à 21 % sur les derniers 20 ans. Une baisse similaire a eu lieu au Manitoba.

Ce parti-pris en faveur de l’austérité ignore totalement l’impact positif du gouvernement dans l’économie. Par contre, les réductions des investissements publics finissent par avoir un impact bien visible. Pensons à l’état de certaines conduites d’eau et d’égouts à Winnipeg ou à Calgary.

Le néolibéralisme, c’est l’hiver toute l’année

Le néolibéralisme nous avait promis de la richesse. Le contraire est arrivé. Nous avons dû encaisser plus d’inégalités, de pauvreté et subir des baisses notables dans des services essentiels comme la santé, l’éducation et les infrastructures publiques.

Et maintenant, faute de moyens financiers adéquats, les gouvernements sont coincés quand il s’agit d’affronter des crises, comme par exemple les feux de forêts et les sècheresses, qui font augmenter les dépenses non prévues aux budgets.

Dans la fable de La cigale et la fourmi, la cigale s’est trouvée fort dépourvue quand l’hiver est venu. Mais est-il bien juste que la fourmi soit aussi dépourvue que la cigale quand les temps deviennent plus durs?