À 18 ans, Justin Perreault concilie hockey, études et identité franco-manitobaine. Seul représentant de sa province dans la série Champions (dès le 5 février sur TFO), il illustre une rigueur forgée par le sport, la famille et la langue.
« Je ne peux même pas expliquer le sacrifice que ma famille fait pour moi. Je suis tellement chanceux d’avoir des parents qui sacrifient tout leur temps pour que je sois capable de faire ce que je fais ».
Justin Perreault joue au hockey depuis ses trois ans. Né en Nouvelle-Écosse dans une famille de militaires, il a grandi dans un cadre qu’il décrit comme strict avec des standards élevés, une éducation dont il se dit « super chanceux » et qui l’a aidé à devenir plus discipliné.
Installé à Winnipeg depuis onze ans, il transpose aujourd’hui cette rigueur autant dans son sport que dans sa vie hors hockey, entre les entraînements, les déplacements et des études de psychologie en ligne.
Après avoir commencé l’année à Dauphin, Justin Perreault est échangé chez les Winnipeg Blues : « Je suis chanceux de retourner chez moi, de jouer avec l’équipe de ma ville », confie-t-il.
Il bénéficie donc d’un retour à la maison mais garde une position de gardien qui n’a rien de confortable, car la pression est constante.
« Quand tu es gardien, ton équipe dépend de toi. Tout le monde te voit. Il faut changer ton mindset, respirer, penser à ce que tu peux contrôler », explique Justin Perreault.
Champions
C’est précisément cette capacité d’adaptation et de gestion que la nouvelle série Champions met en lumière.
À travers cette série documentaire, de Mylène Simard et Denise Darling, produite par Wookey Films pour TFO, le public suit le quotidien de quatre jeunes athlètes francophones aux parcours très différents, issus de provinces et de milieux variés, évoluant dans des disciplines comme le hockey, la boxe, le plongeon et le tennis de haut niveau.
Si les quatre jeunes ne se rencontrent pas à l’écran, leurs parcours se répondent. « Ils vivent tous des défis très différents, mais universels », souligne la scénariste et réalisatrice Mylène Simard.

Un regard que partage Justin Perreault, admiratif du chemin parcouru par les autres athlètes : « Quand tu vois ce que les autres font, les sacrifices, les peurs qu’ils surmontent, tu te dis : wow. Je ne serai jamais capable de faire leur sport. Ça force le respect ».
Pour Mylène Simard, il ne s’agit pas seulement de performance ou de victoire : « La série ne parle pas toujours de gagner. Elle parle de ce qui arrive quand on perd, quand il y a une blessure, quand ça devient trop difficile. Pour moi, un champion, c’est quelqu’un qui se remet debout après un moment difficile », assure-t-elle.
Chez le gardien de hockey, l’on retrouve cette résilience dans plusieurs aspects de sa vie d’adolescent et de sportif. Il évoque d’ailleurs certains moments de doutes, le fait d’être filmé à l’école, les regards et même la légère gêne du début de tournage.
« Les deux premiers épisodes, c’était difficile. Mais après, j’ai fait un switch. J’ai décidé d’avoir du fun », raconte le gardien.
Un tournage d’un an
Le tournage de Champions s’est étendu sur près d’une année complète, suivant le rythme scolaire et sportif des jeunes athlètes. Une immersion longue, exigeante, qui a nécessité une organisation constante et une grande capacité d’adaptation, autant pour les équipes de production que pour les participants.
« On les suit sur plusieurs mois, dans leur sport, à l’école, en famille. Ça permet de créer une vraie relation de confiance », explique Mylène Simard.
Cette durée donne aussi accès à des moments plus intimes, en cas de victoire ou alors lorsque la pression monte, que la fatigue s’installe ou même que les résultats ne sont pas au rendez-vous.
Champions ne montre pas qu’un athlète, elle fait aussi état d’un jeune francophone dans un environnement largement anglophone. À Winnipeg, Justin Perreault parle anglais avec ses coéquipiers, mais à la maison, il insiste, c’est bien le français qui est la langue du foyer : « Mes parents sont vraiment stricts là-dessus. À la maison, il n’y a pas vraiment d’anglais ».
Pour Justin Perreault, concilier les matchs, les entraînements et la présence d’une caméra n’a pas toujours été évident.
« Au hockey, tu penses juste à arrêter la rondelle. Là, tu dois aussi oublier que tu es filmé », dit-il.

Réalité linguistique
Avec le temps, la caméra devient toutefois un élément de plus à intégrer dans son quotidien.
À l’image de son histoire familiale, il assume aussi un français quelque peu mélangé, entre celui du Québec, celui du Manitoba et l’anglais. Pour lui, cette réalité linguistique est une force.
« C’est un cadeau d’être capable de parler deux langues. Je suis fier de représenter ça », affirme-t-il, conscient de l’importance de la représentation francophone à l’écran, particulièrement au Manitoba.
La diffusion de la première saison marque également une étape pour l’équipe de production, alors que le tournage de la saison 2 est déjà bien entamé et dans laquelle l’on retrouvera de nouveau un Manitobain à l’écran.
Pour l’avenir, le jeune de 18 ans regarde vers le prochain niveau et espère atteindre la Western Hockey League, ou un parcours qui combine à la fois études et hockey dans l’espoir de devenir physiothérapeute.
« Peu importe ce qui arrive, je veux que les jeunes retiennent que tu peux t’adapter, rester positif et faire le mieux possible avec ce que tu contrôles. C’est ça, pour moi, être un champion », conclut Justin Perreault.
La série Champions, c’est quoi?
La série Champions suit quatre jeunes athlètes francophones, issus de provinces, de cultures et de réalités très différentes, sur près d’une année complète.
« On voulait représenter les francophones hors Québec dans toute leur variété, explique Mylène Simard. Des accents différents, des parcours familiaux différents, des relations au français complètement différentes. »
On y découvre Juliette Clermont, boxeuse en Ontario et artiste visuelle qui partage son temps entre la ferme familiale et ses ambitions sportives, Sonson Chrètien, joueur de tennis vivant avec un TDAH, adopté d’Haïti et élevé en Ontario, Nika Ashoori, plongeuse et dont les parents d’origine iranienne ne parlent pas français, mais qui a choisi de s’engager pleinement dans la langue et enfin, Justin Perreault, seul Manitobain de la série, gardien de hockey issu d’une famille militaire.
« C’est toute une opération, raconte Mylène Simard, scénariste et réalisatrice. Il faut coordonner les compétitions, les écoles, les arénas, les familles, parfois dans plusieurs villes en même temps. On est constamment en train de s’adapter pour ne rien manquer ».
Certains moments ont marqué durablement la réalisatrice.
« L’histoire de Nika m’a profondément émue, la voir paralysée par un bloc mental, incapable de sauter du plongeoir, puis la voir revenir, travailler avec des spécialistes, et finalement réussir un plongeon parfait… Pour moi, c’est ça un vrai champion ».

