Par Michel LAGACÉ.

Les francophones du Manitoba n’ont pas l’habitude de s’intéresser de près aux développements politiques dans les autres provinces.

Mais le Québec demeure toujours une exception, car sans le Québec, il n’y aurait pas, au Canada, de Loi sur les langues officielles et de bilinguisme dans la fonction publique fédérale.

Et le Premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, ne parlerait pas de faire du Manitoba une province véritablement bilingue, peu importe ce que cela pourrait vouloir dire concrètement.

Même si les gouvernements québécois ne se préoccupent pas outre mesure des enjeux des francophones hors Québec, ils ont nécessairement un impact sur l’unité du pays et sur la dynamique du français au Manitoba et dans l’ensemble du pays.

Et l’attachement de François Legault à la langue française dépassait les frontières de sa province; il a présidé à une période de rapprochement entre le Québec et la francophonie canadienne.

François Legault a suivi un parcours politique inusité.

Il a quitté le Parti québécois pour fonder son propre parti, la Coalition avenir Québec, en 2011, et il est devenu chef d’un gouvernement majoritaire sept ans plus tard, un exploit qu’il allait répéter en 2022.

Il disait vouloir mettre fin au débat entre séparatistes et fédéralistes qui divisait le Québec depuis une cinquantaine d’années en proposant une troisième voie qui allait être nationaliste.

Depuis deux ans, François Legault était de moins en moins perçu comme l’homme de la situation. Les tergiversations entourant un potentiel troisième lien entre la ville de Québec et Lévis, les conflits avec les médecins et les syndicats, la perte de 270 millions $ lors de la faillite du producteur de batteries Northvolt, le départ d’une poignée de députés et le passage du temps ont eu raison de l’homme politique.

Dans un sondage publié par L’actualité la veille de la démission du Premier ministre, la CAQ atteignait un creux historique de 11 % des intentions de vote; pas moins de 75 % des 1 128 personnes interrogées disaient avoir une opinion défavorable de François Legault.

Il ne lui restait plus qu’à orchestrer son départ plutôt que de se faire montrer la porte. Soit par le parti qu’il avait fondé, soit par l’électorat qui doit se rendre aux urnes le 5 octobre de cette année.

La CAQ et le Parti libéral du Québec sont maintenant à la recherche d’un nouveau chef, tandis que le Parti québécois est en tête des sondages depuis presque deux ans. Mais voilà, la majorité des Québécois disent ne pas vouloir un autre référendum sur la séparation, ce que le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, promet d’organiser dans un premier mandat s’il est élu.

Aujourd’hui, l’avenir politique du Québec se prête donc mal à toute prédiction facile. Les francophones du Manitoba suivront l’évolution de la campagne électorale au Québec avec grand intérêt, souhaitant que le prochain gouvernement veuille poursuivre le rapprochement avec la francophonie canadienne.