Par Laëtitia KERMARREC.
« Je comprends bien la langue, mais, pour la parler, c’est autre chose! », qui n’a jamais entendu cette phrase chez quelqu’un qui apprend une langue étrangère?
Autrement dit, on peut comprendre ce que dit son interlocuteur bien avant de parvenir à formuler des réponses et tenir une conversation. Mais saviez-vous que ce décalage est tout à fait normal?
En effet, la compréhension du langage et sa production sont principalement prises en charge par deux aires distinctes du cerveau, bien qu’elles interagissent entre elles.
La compréhension repose sur l’aire de Wernicke, du nom du chercheur qui l’a identifiée (Carl Wernicke), située dans le lobe temporal gauche, près du cortex auditif primaire.
Une lésion de cette région entraîne une aphasie de Wernicke : la personne ne comprend plus ce qu’on lui dit, mais conserve une parole fluide avec une grammaire, une syntaxe, un débit et une intonation relativement normaux (même si le contenu sémantique peut être altéré).

La production du langage, quant à elle, est assurée par l’aire de Broca, nommée d’après le médecin Paul Broca et localisée dans le lobe frontal gauche.
Une atteinte de cette zone (aphasie de Broca) n’affecte pas la compréhension (à moins de phrases trop complexes), mais provoque des difficultés d’expression et d’articulation des mots.
Cette dissociation, fondée sur une réalité neurologique, explique pourquoi il est souvent plus facile de comprendre une langue étrangère que de la parler.
D’autres facteurs non négligeables entrent aussi en jeu.
Notamment la plus grande complexité cognitive de la production linguistique, car elle mobilise des processus beaucoup plus actifs que l’écoute.
Comme le fait de trouver les bons mots, les ordonner, les accorder, les prononcer correctement, etc.
La compréhension requiert des processus moins actifs de prédiction et intégration du langage.
Le facteur émotionnel joue également un rôle important à l’oral, puisqu’on est soumis au regard social, absent ou presque lors de la compréhension.
Ainsi, pour véritablement maîtriser une langue, il est essentiel d’entraîner à la fois l’écoute et la parole.

