Le Premier ministre canadien Mark Carney s’est envolé à destination de l’Asie jeudi pour une tournée dans trois pays, la première étape étant l’Inde où il espère doubler les échanges et compenser la dégradation des relations avec les Etats-Unis.
Cette visite constitue la dernière tentative en date pour rétablir des relations bilatérales abîmées quand Ottawa a accusé New Delhi d’avoir orchestré l’assassinat à Vancouver d’un séparatiste sikh naturalisé canadien.
Pour Mark Carney, ce voyage, qui comprend des étapes en Australie et au Japon, s’inscrit dans le cadre d’un vaste effort visant à réduire la dépendance de l’économie canadienne vis-à-vis de son puissant voisin.
En 2024, avant que le président américain Donald Trump ne revienne au pouvoir et ne bouleverse le commerce mondial à coups de droits de douane, plus de 75 % des exportations canadiennes étaient destinées aux Etats-Unis. Les échanges bilatéraux de biens et de services ont dépassé 900 milliards $ américains cette année-là.
Durant l’année écoulée, les droits de douane américains visant des secteurs spécifiques ont porté atteinte à l’économie canadienne.
Mais jusqu’ici, Donald Trump a largement respecté l’accord de libre-échange nord-américain signé lors de son premier mandat et 85 % des échanges commerciaux entre les Etats-Unis et le Canada restent exempts de droits de douane.
Le milliardaire républicain a cependant menacé de passer par pertes et profits cet accord qualifié “d’insignifiant”, “sans grands avantages” pour les Etats-Unis.
Mark Carney a fait du renforcement des échanges commerciaux avec l’Europe et l’Asie la pierre angulaire de sa stratégie, qui vise à soutenir l’économie canadienne en cas d’effondrement du libre-échange avec Washington.
Drew Fagan, expert en politiques publiques à l’université de Toronto, estime que Mark Carney a raison de se tourner vers d’autres marchés et appelle à “faire plus ailleurs, lorsqu’il y a des opportunités”.
– “Pas un remplacement” –
Le Premier ministre, qui doit rencontrer des acteurs économiques à Bombay au cours du week-end avant de se rendre à New Delhi, souhaite plus que doubler les échanges commerciaux avec l’Inde d’ici 2030, à 70 milliards $.
Pour Drew Fagan cependant, les progrès avec l’Inde ne pourront compenser tous les dégâts découlant d’une rupture avec Washington.
“Ce n’est pas une solution. Ce n’est pas un remplacement et cela ne le sera jamais”, a-t-il dit à l’AFP.
Au Canada, les discussions avec New Delhi seront suivies de près.
Avant l’entrée en fonction de Mark Carney l’année dernière, Ottawa avait accusé le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi d’être directement impliqué dans le meurtre, en 2023, de Hardeep Singh Nijjar, un citoyen canadien naturalisé qui militait pour la création d’un Etat sikh indépendant.
Le gouvernement de l’ancien Premier ministre Justin Trudeau avait en outre accusé l’Inde d’avoir mené une campagne d’intimidation contre les militants sikhs à travers le Canada. L’Inde a démenti ces allégations.
La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a été interrogée lundi sur la question de savoir si les inquiétudes canadiennes sur la répression transnationale seraient abordées à New Delhi.
“Oui, c’est toujours au premier plan de nos préoccupations”, a déclaré Mme Anand aux journalistes à Ottawa.
Les espoirs canadiens concernant la croissance des échanges commerciaux avec l’Australie et le Japon sont plus modestes, mais son cabinet a déclaré que la coopération sur les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques serait une priorité.
Les économies avancées tentent d’approfondir leur coopération dans le domaine des minéraux critiques, en particulier dans le traitement des éléments de terres rares essentiels à l’alimentation en énergie de nombreux produits de haute technologie.
La Chine contrôle actuellement de manière dominante les chaînes d’approvisionnement en terres rares, ce que le Canada a souligné tout au long de sa présidence du G7 qui vient de s’achever.
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