Parmi elles, Alyssa White et Peyton Vergie incarnent une nouvelle génération d’athlètes qui rêvent de Jeux paralympiques.

Un rendez-vous auquel les hommes peuvent participer dans leur discipline, mais pas encore les femmes.

À 20 ans, Alyssa White navigue entre ses études en psychologie à l’Université du Manitoba et une carrière d’athlète.

Ses choix universitaires sont d’ailleurs eux aussi en lien avec son parcours d’athlète : « J’aime vraiment l’aspect psychologique du sport et la santé mentale est tellement importante », explique-t-elle.

Avant de se consacrer au para hockey, la jeune femme pratiquait la paranatation. C’est en regardant les Jeux paralympiques de 2014 qu’elle découvre la discipline et se promet d’essayer le para hockey.

L’occasion se présente finalement en 2018, lors d’un camp organisé par Manitoba Possible : « Je suis immédiatement tombée amoureuse du sport et tout s’est ensuite accéléré ».

Un an plus tard, en 2019, elle intègre l’équipe féminine du Canada. Elle n’a alors que 14  ans, devenant l’une des plus jeunes joueuses à intégrer la formation canadienne. Sur la glace, elle évoque un sport rapide et profondément collectif : « J’aime la vitesse, c’est une sensation de liberté incroyable d’être sur la glace  », raconte la hockeyeuse.

Derrière cette passion, elle constate aussi la faible présence des femmes dans la discipline au Manitoba avec « peut-être une demi-douzaine d’athlètes féminines », estime-t-elle.

Des obstacles persistants

Lorsque l’on parle d’accessibilité, les difficultés semblent être nombreuses, mais pour Alyssa White, certaines apparaissent dès l’enfance : « Les enfants valides sont inscrits dans des sports très jeunes. Pour une personne en situation de handicap, ce n’est pas toujours la première chose à laquelle on pense ».

Le manque d’information constitue également un frein important.

Plusieurs familles ne savent pas vers quelles ressources se tourner ni comment accéder aux programmes existants.

À cela s’ajoute aussi la question financière car « l’équipement coûte cher, surtout lorsqu’on a besoin d’adaptations spécifiques », souligne l’athlète.

Pour McKenna Wild, facilitatrice en loisirs et sports accessibles à Manitoba Possible, « les femmes en situation de handicap sont sous-représentées dans le sport, non pas par manque de talent, mais à cause des obstacles liés à l’accès, à la visibilité et aux occasions ».

« Voir, c’est croire. »

Selon McKenna Wild, le système sportif a longtemps été davantage orienté vers les hommes.

« La visibilité et la participation sont essentielles », insiste-t-elle.

Pour elle, voir des femmes évoluer à haut niveau permet aux jeunes filles de se projeter.

McKenna Wild cite notamment deux exemples manitobains, Alyssa White et Peyton Vergie, originaire de Saint Paul Est, toutes deux membres de l’équipe nationale féminine canadienne de para hockey.

De son côté, Jaylene Irwin souligne que la progression du sport passe aussi par des programmes accessibles dès le plus jeune âge.

« Beaucoup de personnes en situation de handicap découvrent le sport plus tard dans leur vie. Il est donc essentiel de créer des programmes d’initiation et des espaces où elles peuvent développer leurs compétences », explique-t-elle.

« Nous avons commencé avec six athlètes. Nous sommes aujourd’hui près de 100, mais cela s’est construit sur plus de 20 ans », rappelle Jaylene Irwin.

Selon elle, cette progression repose en grande partie sur le travail communautaire et les partenariats locaux.

« Nous essayons de réduire les obstacles en offrant des programmes de base et en créant des occasions pour les jeunes de s’impliquer dans le sport », ajoute Jaylene Irwin.

Cette expansion a permis d’offrir davantage d’occasions de découvrir la discipline, notamment grâce à des programmes d’initiation.

Néanmoins, là aussi les coûts restent un obstacle important car « un sledge peut coûter plus de 1 000 $ et une paire de bâtons plus de 300 $ », précise Jaylene Irwin.

En ce sens, sans soutien financier ou programmes accessibles, plusieurs familles hésitent à s’engager.

Un rêve encore inaccessible

À l’échelle internationale, le para hockey masculin est bien présent aux Jeux paralympiques, mais le tournoi féminin n’y figure toujours pas.

Pour Alyssa White, cette situation suscite des sentiments partagés : « On est heureux pour les athlètes qui peuvent y participer, mais une partie de moi se dit que je devrais être là autant que les hommes. La seule différence, c’est que je suis une femme ».

Alors que les Jeux paralympiques d’hiver viennent de prendre fin sur une médaille d’argent pour le Canada en para hockey masculin, aucun tournoi féminin distinct n’y figurait.

Introduit aux Jeux paralympiques d’hiver en 1994, le para hockey ne comporte toujours pas de tournoi féminin distinct.

La compétition est officiellement ouverte aux femmes, mais celles-ci doivent intégrer des équipes nationales presque entièrement masculines pour espérer y participer.

Depuis 1994, seules quelques joueuses ont réussi à se qualifier dans ces conditions, dont la Norvégienne Britt Mjaasund Øyen, la Norvégienne Lena Schroeder et la Chinoise Yu Jing.

Aux Jeux de Milano-Cortina 2026, la Japonaise Akari Fukunishi est devenue la quatrième femme à évoluer dans le tournoi paralympique.

Sur la scène internationale, le développement du para hockey féminin passe aussi par la création de nouveaux programmes dans d’autres pays. McKenna Wild souligne que l’expansion du sport repose largement sur ces initiatives.

« Une personne impliquée dans le développement du para hockey en Ukraine est venue au Manitoba pour observer nos programmes et voir comment ils pourraient être reproduits ailleurs », explique-t-elle.

Pour Alyssa White, ces efforts sont essentiels : « Nous avons simplement besoin de plus de pays. Nous travaillons très fort pour que cela arrive. L’objectif, c’est 2030, ou sinon 2034 ».

Doses d’espoir

Malgré ces obstacles, le mouvement pour la reconnaissance du para hockey féminin se poursuit, et sur le terrain, la mobilisation continue.

Les cliniques organisées par Manitoba Possible dans les écoles et les communautés contribuent à faire connaître la discipline car pour l’instant, encore « beaucoup de gens ne savent même pas que le para hockey est une option », observe McKenna Wild.

Jaylene Irwin insiste sur l’importance de cette sensibilisation : « Beaucoup de gens ne savent même pas que ces possibilités existent. Plus on en parle et plus on crée d’occasions d’essayer, plus on peut faire grandir le sport ».

Pour la jeune hockeyeuse, l’exposition reste la clé, ainsi elle nous encourage à regarder autant les Jeux Olympiques que les Jeux paralympiques, à en parler, et impliquer les plus jeunes dans ces sports.

L’objectif des prochaines années est donc clair et assumé : « gagner une médaille d’or aux championnats du monde, puis, je l’espère, participer aux Jeux paralympiques dans quatre ans ».

« Devenir paralympienne, c’est mon rêve ultime. Je veux pouvoir dire que je suis paralympienne. Je veux réaliser ce rêve et gagner une médaille d’or », conclut Alyssa White.