À Saint-Pierre-Jolys, l’arrivée du printemps rime avec sirop d’érable et traditions.

Le festival du Temps des sucres revient les 11 et 12 avril, porté par des bénévoles passionnés et une volonté de transmettre un savoir-faire aux plus jeunes.

Pour marquer l’arrivée du printemps, le musée de Saint-Pierre-Jolys tiendra son traditionnel festival du Temps des sucres.

« On célèbre le départ de la neige, le fait que l’eau recommence à couler, que les rivières s’ouvrent et l’arrivée des sucres des érables manitobains », raconte le président du Musée de Saint-Pierre-Jolys, Roland Gagné.

Au cours de la fin de semaine du 11 au 12 avril, le festival communautaire prévoit de nombreuses festivités, des balades à cheval, de la nourriture, de la musique et surtout du sucre et du sirop d’érable ouvert à tous.

L’année passée Roland Gagné se souvient que l’évènement avait rassemblé pas loin de 1 200 personnes. Dès ce 7 avril, le festival a aussi organisé des programmes scolaires pour les plus jeunes.

« On leur parle de l’éducation française au Manitoba, de l’histoire des Métis, comment ils apportaient leurs produits à Saint-Paul (Minnesota), puis on se rend à la maison Goulet pour leur montrer comment les gens vivaient au temps des Métis et les métiers qui existaient à l’époque. Puis bien sûr on va parler du sirop d’érable et des érabliers. »

Car chaque année, à l’approche du Festival, la cabane à sucre sur le terrain du musée s’active.

Pour la petite histoire, la cabane a été rebaptisée La Cabane d’mononcle Armand en juin 2000, en hommage à Armand Desharnais, grand artisan du développement du musée qui a fait revivre la tradition de la fabrication du sirop d’érable.

La Liberté s’est donc rendue sur place, pour rencontrer Daniel DeGagné, arboriste de métier et sa fille Madeleine, experte, en herbe, du sirop d’érable.

À titre de bénévoles, ils récoltent auprès des arbres de Saint-Pierre-Jolys la sève nécessaire à la fabrication d’un sirop d’érable entièrement saint-pierrois.

Daniel DeGagné et sa fille Madeleine DeGagné, font une entaille sur un érablier.
Daniel DeGagné et sa fille Madeleine DeGagné, font une entaille sur un érablier. (photo : Marta Guerrero)

Dans la cabane, la petite Madeleine, 10 ans, s’occupe avec une perceuse électrique presque aussi grande que sa tête sous la supervision de son père.

« Elle est en train de travailler sur l’une des pompes. Cette année on a entaillé les arbres avec des tubulures, c’est un système qui est alimenté par des pompes. C’est une nouveauté de cette année. »

Contrairement au système de récolte classique, qui consiste en l’installation d’un chalumeau et d’un seau, les tubulures sont des tuyaux souples qui permettent de récolter la sève en partie grâce à la gravité et qui acheminent cette dernière directement dans la cabane.

La pompe permet d’augmenter davantage l’aspiration et d’améliorer la récolte. Si l’installation au complet prend un peu plus de temps, environ une semaine ici, le jeu en vaut la chandelle.

« Le chalumeau est plus mince, et l’aspiration est plus consistante. »

Les risques de blesser l’arbre sont aussi réduits. Par sa forme conique, les chalumeaux classiques peuvent plus facilement fissurer l’arbre. En arrière de la cabane, l’arboriste nous montre le système de tubulure en place, la rangée d’érabliers qui délimite le terrain est enguirlandée de tuyaux transparents.

À Saint-Pierre-Jolys, en avril, les érabliers se prennent pour des sapins de Noël.

Des systèmes de récolte classique ont aussi était installé un peu partout dans le village, Daniel DeGagné estime que la capacité de récolte cette année est d’environ 4 000 litres de sève, « ça va nous donner à peu près 100 litres de sirop ».

En effet, dans le processus de fabrication du sirop d’érable, la sève doit être amenée à une température de 104 degrés, il s’agit alors d’un processus d’évaporation, c’est donc sans surprise que l’on perd beaucoup en volume au moment de la cuisson.

Au cours de la journée, Daniel DeGagné nous a appris à distinguer les érabliers et repérer où placer le chalumeau.

« L’écorce est plus accentuée, mais n’est pas uniforme comme le frêne ou le chêne. Elle est plus épaisse et son aspect plus aléatoire. Les couleurs aussi sont intéressantes, là on voit du blanc, du gris, c’est la chair froide, c’est là que l’arbre va produire le plus de sève. »

Il pointe ensuite du doigt un espace où l’écorce se fait plus noire, « c’est ça qu’on veut », lance alors la petite Madeleine.

« Les taches noires indiquent où le soleil frappe le plus souvent l’arbre.

Et l’on peut entailler n’importe où dans cette zone-là. »

Madeleine DeGagné aide son papa pour la deuxième année consécutive, elle est donc devenue une professionnelle de la récolte de sève.

« L’année dernière c’était plus dur, on était toujours ici en train de récolter chaque matin, c’était fatigant. »

Les poings sur les hanches elle déclare qu’avec ce nouveau système : « Maintenant on peut relaxer! »

En tout cas, pour les années suivantes, la relève est entre de bonnes mains.

Initiative de journalisme local