Par Ben Simon

Un an après son arrivée au pouvoir en pleine tension avec les Etats-Unis, le Premier ministre canadien Mark Carney pourrait décrocher lundi une majorité au Parlement à l’issue d’élections partielles, sur fond de popularité élevée malgré un mécontentement lié au coût de la vie.

Les candidats libéraux sont donnés favoris pour remporter deux élections en Ontario (centre-est) et sont au coude-à-coude dans une troisième circonscription au Québec.

La popularité du centriste M. Carney, à la tête d’un gouvernement minoritaire, n’a cessé de croître, notamment parce qu’il se pose en rempart face aux pressions économiques et politiques du président américain Donald Trump.

Il y a un an, cet ancien banquier central avait créé la surprise dans un contexte très défavorable pour les libéraux après dix années de gouvernement de Justin Trudeau.

C’est son discours et sa stature d’économiste habitué à la gestion de crises qui avaient convaincu les Canadiens, très inquiets pour l’avenir de leur pays que Donald Trump rêve de transformer en 51e Etat américain.

Depuis, M. Carney a prononcé une série de discours mettant en garde contre la dépendance du Canada envers les États-Unis, affirmant que la présidence Trump avait provoqué une “rupture” de l’ordre mondial.

Mais sur le terrain, certains électeurs attendent aujourd’hui des résultats concrets.

“Il parle bien mais rien ne change”, estime David Gilhooly, 52 ans, rencontré par l’AFP lors d’une matinée froide et ensoleillée, alors que l’hiver canadien joue les prolongations en ce début de mois d’avril.

Mark Carney est “habile”, à l’aise dans de “beaux costumes”. Mais “qu’est-ce-qui est offert concrètement sur le terrain?”, ajoute cet habitant de Toronto, bénévole dans un centre social venant en aide aux personnes dépendantes ou sans-abri.

“Je ne pense pas que les choses s’améliorent.”

– Licenciements –

L’économie canadienne a ralenti au cours de l’année écoulée, affectée par l’imposition de droits de douane américains sur des secteurs clés comme l’acier ou l’automobile.

Sans basculer en récession, le pays a vu les suppressions d’emplois se multiplier dans les secteurs exposés et les embauches ralentir ailleurs – en mars, le chômage s’est établi à 6,7 %.

Par ailleurs, l’institut Angus Reid a noté le mois dernier que “les préoccupations liées au coût de la vie élevé sont plus fortes qu’elles ne l’ont été dans un passé récent pour les Canadiens à plus faible revenu”.

Plus de 40 % des Canadiens disent ressentir une pression financière moyenne ou élevée, notamment en raison du coût de l’alimentation et de leur niveau d’endettement, selon la même enquête.

Cette question du pouvoir d’achat est, depuis des mois, au cœur des critiques de l’opposition conservatrice qui estime que “les Canadiens ne peuvent plus se permettre de vivre”.

C’est aussi le discours de la candidate pour le Nouveau parti démocratique (NPD) dans l’une des circonscriptions de Toronto où les électeurs sont appelés à voter lundi.

“Je constate un décalage crucial entre la vie quotidienne des gens” et la politique fédérale, explique-t-elle à l’AFP. “La dynamique joue en notre faveur”, veut-elle croire en dépit des sondages qui donnent les libéraux largement gagnants.

– Ralliements –

Au niveau national, dans les enquêtes d’opinion, Mark Carney continue à se placer très loin devant le chef conservateur Pierre Poilievre.

“Je ne me souviens pas d’une période dans le passé où la popularité du Premier ministre a progressé aussi vite et aussi fortement un an après une élection”, souligne Nelson Wiseman, professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Toronto.

Et ces derniers mois, il est également parvenu à obtenir des ralliements spectaculaires de la part de quatre députés conservateurs et d’une députée NPD.

“Cette dernière année a été sans précédent dans l’histoire du Canada et mes électeurs m’ont clairement fait savoir qu’ils souhaitaient un leadership sérieux et un plan concret pour bâtir une économie canadienne plus forte et plus indépendante”, a déclaré cette semaine la députée conservatrice Marilyn Gladu en claquant la porte de son parti pour rejoindre les libéraux.

Au Canada, les gouvernements minoritaires ont une durée de vie moyenne de 18 mois avant d’être contraints de déclencher des élections. Avec une majorité, le gouvernement de M. Carney serait à l’abri jusqu’en 2029.

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