Avec des informations de Hugo BEAUCAMP

Le rapport souligne une forte volonté de changement tant chez les clients que chez les restaurateurs, malgré des obstacles persistants liés à la commodité, au coût et à l’hygiène.

D’abord, un peu de contexte. Le gouvernement canadien s’est fixé pour objectif d’atteindre zéro déchet plastique d’ici 2030.

Cette ambition est portée par le Règlement sur l’interdiction des plastiques à usage unique (2022), qui a déjà entraîné une baisse notable des débris (pailles -32 %, ustensiles -10 %) sur les côtes canadiennes.

Les articles de restauration (bouteilles, bouchons, tasses à café, pailles) figurent dans la Dirty Dozen  (douzaine sale, en français) des articles les plus trouvés lors des nettoyages de rivages.

L’impact des articles alimentaires à usage

Winnipeg, située au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, possède une scène culinaire riche avec plus de 1 100 restaurants. Mais, à ce jour, il n’existe aucun programme de contenants réutilisables à l’échelle de la ville, contrairement à Toronto ou Banff.

Il est tout de même prévu cette année la mise en place d’un projet pilote de réutilisation en 2026 pour la ville de Winnipeg grâce à un partenariat avec Muuse, une entreprise qui propose des alternatives aux emballages à usage unique.

« Les articles alimentaires à usage unique contribuent de manière considérable à la production de déchets et à la pollution. Nous menons activement des recherches pour comprendre l’impact des plastiques sur l’environnement. Nous savons que les plastiques sont persistants et qu’ils peuvent avoir des répercussions sur la faune.

« Il est donc essentiel de réduire la quantité de plastique qui se retrouve dans l’environnement. Ce type d’enquêtes est important pour déterminer comment nous pouvons réduire le plastique à la source et tester des solutions pilotes. Ce travail se déroule en deux phases.

« La première phase consistait en des enquêtes. Nous voulions connaître les points de vue des habitants de Winnipeg et le type de soutien dont ils ont besoin pour pouvoir passer aux produits réutilisables. La deuxième phase du projet consistera à mettre en place un programme de produits réutilisables pour les plats à emporter afin d’évaluer son efficacité en matière de réduction des déchets », explique Desiree Langenfeld, chercheuse principale de cette étude et biologiste spécialisée dans la science et la politique des plastiques à IISD.

Quant aux résultats de l’enquête (1) de IISD-Experimental Lakes Area et U of T Trash Team, 94 % des répondants de l’enquête sont conscients ou très conscients du problème de la pollution plastique. 74 % des clients estiment que les restaurants et les cafés devraient en faire plus pour réduire les déchets à usage unique. 

Aussi, bien que 74 % pensent que les restaurants devraient autoriser le fait d’apporter son propre contenant, 44 % des clients le font très rarement ou jamais, citant des préoccupations de propreté et l’inconvénient de transporter des contenants.

51 % des clients utiliseraient un service de prêt ou de location de tasses/contenants presque à chaque fois s’il était disponible. Et, une large majorité (82 %) souhaite que la vaisselle réutilisable soit la norme pour les repas sur place et que les articles comme les pailles ou serviettes ne soient donnés que sur demande.

La volonté de faire un changement

Du côté des entreprises, 95 % d’entre elles accordent une importance modérée à élevée (note de 5 à 10) à l’environnement dans leurs décisions commerciales.

Présentement, 61 % d’entre elles offrent de la vaisselle réutilisable pour les repas sur place. Bien que 69 % autorisent les clients à apporter leurs propres contenants, seulement 5 % des clients ou moins profitent réellement de cette option. Enfin, 81 % des entreprises se disent prêtes à prendre des mesures pour réduire les articles à usage unique. 

« L’argent est certainement l’un des obstacles pour franchir le pas. Mais il y a aussi le fait de devoir nettoyer ses propres tasses. Cela crée donc un peu de travail supplémentaire pour le café. Bien sûr, on fait des économies en utilisant des contenants réutilisables, mais il faut aussi s’occuper de ces contenants.

« Donc, si l’on n’a pas la capacité de laver de la vaisselle supplémentaire, cela peut poser problème, surtout pour certains petits cafés. Mais si l’on a la capacité de laver la vaisselle, c’est vraiment un excellent moyen de réduire les déchets », précise Desiree Langenfeld.

Pour aider leurs établissements à réduire les déchets à usage unique, les entreprises de services alimentaires de Winnipeg ont exprimé plusieurs besoins prioritaires et spécifiques.

Parmi ces besoins, l’on peut évoquer le besoin d’une aide financière ou de subventions gouvernementales pour l’achat de vaisselle réutilisable ou encore des informations claires sur les coûts et les économies potentielles réalisés en passant aux articles réutilisables, soulignant que les solutions doivent être rentables pour être adoptées.

(1) L’étude a porté sur 26 entreprises de services alimentaires et 50 clients de Winnipeg.