La rentrée scolaire qui s’en vient dans quelques jours implique généralement de revenir à des heures de coucher et de réveil moins tardives qu’en été, ainsi qu’à des routines quotidiennes plus saines.

Mais, comment s’y prendre concrètement? Combien de temps à l’avance et à quel rythme faut-il commencer à décaler l’heure du coucher avant le jour J, sans évidemment créer de frustrations?

Si pour chaque élève ou étudiant la réponse est différente (1), Rébecca Robillard, coprésidente du Consortium canadien de recherche sur le sommeil, présente quelques éléments de réflexion.

« C’est sûr que si l’on attend la veille, avant le retour des classes, ça fait un gros bond pour beaucoup de gens.

« Par exemple, on a des études au Québec qui nous montrent que chez les jeunes de 13 à 17 ans, dans la transition entre l’horaire d’été, qui est souvent un peu plus statique, et le retour à l’école, on perd une heure et demie en moyenne de sommeil à la rentrée des classes.

« On commence donc la rentrée en privation de sommeil, ce qui n’est vraiment pas idéal.

« Donc, c’est sûr que si cette heure et demie là de décalage on la fait de façon plus progressive au lieu de le faire d’un seul coup, à ce moment-là, on devrait être capable de minimiser un peu les dégâts. »

L’horloge biologique différente des adolescents

Rébecca Robillard, qui est aussi professeure agrégée à l’École de psychologie, Faculté des sciences sociales, et chercheuse à l’Institut de recherche en santé mentale de l’Université d’Ottawa, souligne aussi que la biologie des adolescents est différente.

« L’idée étant qu’on peut contrôler l’heure à laquelle on se lève, puis on ne se le cachera pas, pour beaucoup d’adolescents ou d’enfants, c’est difficile, surtout les adolescents, parce que leur horloge biologique, elle roule plus tard que la moyenne des gens.

« Leurs hormones, leur température, leur rythme à l’intérieur de leur corps ne sont pas prêts à s’endormir plus tôt si l’on fait un gros bond. Donc, d’y aller plus progressivement, c’est vraiment une situation qui est idéale. »

La période de rentrée scolaire peut naturellement entraîner du stress, ce qui peut avoir un impact sur la qualité du sommeil des jeunes.

Rébecca Robillard décrit certains signaux à surveiller si le sommeil est perturbé au-delà de cette période de rentrée. 

« C’est vraiment quand les problématiques de sommeil perdurent à travers le temps.

« Si ça dure plus d’un mois, trois mois, on commence vraiment à s’inquiéter et à dire qu’il faut aller chercher de l’aide professionnelle. »

Sans nécessairement aller vers des solutions avec des médicaments, Rébecca Robillard rappelle qu’il existe « des traitements de première ligne qui sont recommandés qui sont de la thérapie cognitive comportementale pour l’insomnie qui implique vraiment des changements progressifs dans le sommeil, une restructuration un peu de la façon dont on réfléchit sur le sommeil. »

« On vient jouer sur les mécanismes de sommeil, puis un peu sur l’horloge biologique aussi pour venir réajuster les choses », ajoute-t-elle. 

Ouvrir la discussion sur les emplois du temps scolaires

De l’autre bord, les établissements et divisions scolaires peuvent avoir un impact sur les rythmes biologiques des enfants et des adolescents. Au Manitoba, par exemple, des divisions (2) ont envisagé ou mis en place des horaires avec début des cours plus tardif.

C’est en effet un enjeu majeur, dit Rébecca Robillard. 

« Il y a une question sociétale importante à discuter, à essayer d’optimiser les horaires pour les jeunes », lance-t-elle. 

« Comme expliqué, nos jeunes, particulièrement les adolescents, ont une horloge biologique qui roule en retard. En retard, par rapport à l’horaire qu’on leur impose, je veux dire.

« C’est souvent un exemple que je prends : c’est comme ci un adulte se forçait soudainement à se lever à 3 h du matin et devait performer au travail, apprendre des nouvelles choses, se faire des nouveaux réseaux de contact.

« Dans ce cas-là, c’est sur que cet individu ne sera pas à son meilleur, car ce n’est pas le rythme normal auquel notre corps est habitué. Mais, c’est un peu la même chose qu’on demande à nos jeunes présentement.

« Alors, si l’on tient à leur bon développement, bien, ça serait important de s’ajuster un peu à leur réalité sur le plan physiologique. »

En 2017, une étude de l’Université McGill, qui avait compilé des données canadiennes portant sur 30 000 élèves issus de 362 établissements scolaires à travers le Canada, démontrait notamment un lien étroit entre des horaires de début de cours plus tardifs et un meilleur sommeil chez les adolescents.

À noter que l’étude rappelait également que la modification des horaires de début des cours nécessite la consultation de nombreuses parties prenantes et qu’à la fin de la journée c’est aux communautés de décider du meilleur plan d’action.

(1) Sur ce sujet, le Consortium canadien de recherche sur le sommeil a mis en place une trousse de sommeil pour la rentrée scolaire pour aider les enfants et les adolescents à retrouver progressivement un horaire de sommeil adapté au retour à l’école. 

(2) La Division scolaire Louis-Riel (DSLR) avait un programme d’horaires plus tardifs, avant de laisser de côté afin de passer à un emploi du temps quotidien harmonisé. La Division scolaire Pembina Trails avait aussi entamé des changements des horaires il y a quelques années.