Par Mathieu GORSE
L’économie canadienne a fortement rebondi au deuxième trimestre, portée par les exportations, mais va devoir désormais affronter les conséquences de l’escalade du conflit commercial avec les Etats-Unis.
En rythme annualisé, le Produit intérieur brut (PIB) du Canada a progressé de 3,3 % sur la période, a annoncé l’agence statistique vendredi.
Ce rebond fait suite à deux trimestres difficiles mais le pays n’a finalement pas connu de récession technique à la fin de l’année dernière et au début de cette année.
L’agence statistique a en effet révisé le PIB du premier trimestre, qui a connu une croissance de 0,3 % et non une contraction de 0,1 % comme annoncé initialement. Au dernier trimestre 2025, il avait connu un repli de 1 %.
Selon l’agence statistique, cette forte reprise de l’économie canadienne s’explique en particulier par le rebond des exportations qui ont progressé de 3,6 % au deuxième trimestre, leur plus forte hausse depuis début 2023, grâce à un bond de 27 % des exportations du secteur automobile.
– “De l’histoire ancienne” –
Saluée par le gouvernement, cette annonce apparaît toutefois déjà comme de “l’histoire ancienne”, selon les économistes de la banque CIBC, tant le contexte a radicalement changé ces derniers jours. La croissance est “impressionnante mais ce qui arrive est plus important”, ont-ils ajouté.
Après des semaines de discussions, le Premier ministre canadien Mark Carney a en effet rompu vendredi dernier les négociations commerciales avec la Maison Blanche qui voulait, selon lui, imposer au Canada un accord commercial “injuste” et préjudiciable à son économie.
Résultat, de nouvelles surtaxes ciblant le Canada sont entrées en vigueur samedi et Ottawa a riposté avec des contre-mesures devant être effectives le 8 septembre. Donald Trump a menacé lundi le Canada d’une nouvelle escalade avec une hausse de 25 à 50 % au 1er janvier des surtaxes sur l’industrie automobile.
Le pari du Canada de tenir tête au président américain pourrait s’avérer risqué économiquement à moyen terme, selon les analystes, alors que les Etats-Unis sont, de très loin, le premier partenaire commercial du pays.
Près de 60 % des importations canadiennes proviennent des Etats-Unis et environ 70 % de ses exportations s’y destinent.
– “Incertitude” –
“L’incertitude entourant les échanges commerciaux est de retour” et la “perspective d’escalade supplémentaire (est) difficile à écarter”, ont estimé les économistes de la banque TD.
Selon eux, les nouvelles surtaxes américaines devraient déjà avoir un impact de 0,3 ou 0,6 point de pourcentage sur la croissance canadienne l’an prochain qui devrait donc se situer à environ 1,5 % “mais une nouvelle escalade risque de faire encore baisser ce chiffre”.
Afin d’aider les secteurs durement touchés par les droits de douane américains, le gouvernement canadien a annoncé mardi le déblocage d’une enveloppe totale de 7,5 milliards $ destinée à soutenir la trésorerie des entreprises, renforcer les indemnisations chômage et créer un “Fonds de diversification pour un Canada fort” pour trouver de nouveaux marchés à l’export.
Arrivé au pouvoir l’an dernier alors que Donald Trump venait de lancer son offensive douanière, Mark Carney tente de réduire la dépendance de son pays à l’égard de son grand voisin en cherchant de nouveaux partenaires commerciaux en Asie ou en Europe.
Il a également lancé une série de grands projets et veut notamment construire un nouvel oléoduc reliant les gisements d’hydrocarbures de l’Alberta à la côte Pacifique afin de livrer le pétrole canadien à l’Asie.
mg/vmt