Au Manitoba, l’escalade des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis nourrissent l’incertitude dans le milieu des affaires, mais elles ne prennent pas les entreprises complètement au dépourvu.

André Brin, directeur général du World Trade Center de Winnipeg, parle d’« une déception », tout en rappelant que « les entreprises et la communauté d’affaires sont habituées à ces perturbations » après plusieurs années de secousses commerciales.

Selon lui, cette crise force surtout les entreprises canadiennes à revoir leur dépendance envers le marché américain. « Il y a aussi des opportunités là pour le Canada », estime-t-il, en invitant les compagnies à « songer à d’autres avenues, en plus des États-Unis, comme partenaires commerciaux ». La diversification, longtemps souhaitable, devient désormais plus urgente.

André Brin nuance toutefois cette piste : se tourner vers de nouveaux marchés ne se fait ni rapidement ni sans moyens. « Le commerce international, c’est plus compliqué qu’avec des voisins directement au sud », rappelle-t-il, soulignant que cette transition « prend énormément de ressources ».

À ses yeux, l’appui des gouvernements sera donc déterminant pour accompagner les entreprises qui souhaitent franchir ce pas.

Plus de 100 millions $ d’aides

Ce 28 août, le gouvernement provincial a justement détaillé son soutien aux Manitobains impactés par cette nouvelle réalité économique.

Il a été annoncé plus de 100 millions $ d’aides liées aux droits de douane, dont 50 millions $ destinés au programme de prêts pour la résilience commerciale du Manitoba ou encore des allègements fiscaux pour aider les entreprises à rester compétitives, pour soutenir les salariés, les entreprises et les producteurs.

« L’ensemble de ces initiatives constitue une série complète de mesures visant à garantir que l’économie du Manitoba résiste à la tempête des droits de douane imposés par Donald Trump et en sorte renforcée », a souligné Jamie Moses, ministre des Affaires, des Mines, du Commerce et de la Création d’emplois.

Parmi d’autres recommandations, André Brin, qui fait partie du Conseil du commerce avec les États-Unis formé par le gouvernement manitobain, insiste sur trois pistes : élargir les marchés d’exportation, renforcer les échanges à l’intérieur du Canada et mieux utiliser les ressources d’accompagnement déjà disponibles.

Explorer d’autres marchés

Il encourage les entreprises à ne pas attendre que la situation se stabilise, mais à identifier rapidement de nouveaux débouchés, à explorer les programmes fédéraux et provinciaux, et à communiquer avec des organismes comme le World Trade Center de Winnipeg pour être dirigées vers « les bonnes personnes et les bons programmes ».

Le commerce intérieur apparaît aussi comme un levier immédiat. Alors que certains produits américains pourraient coûter plus cher en raison des tarifs, Brin rappelle que « beaucoup de ces produits-là sont faits au Canada aussi ».

Cette réalité pourrait pousser consommateurs et entreprises à privilégier davantage les producteurs canadiens, renforçant ainsi les chaînes d’approvisionnement nationales.

Justement, le gouvernement manitobain a également annoncé porter à un total de 2 millions $ son Programme de soutien à l’exportation.

« Ce programme a déjà fait ses preuves : il a donné lieu à plus de 156 accords et 90 % des participants ont déclaré avoir obtenu de nouvelles pistes commerciales grâce à lui », a indiqué Jamie Moses.

Malgré les difficultés, André Brin observe une volonté politique et économique de faire front commun.

« Tout le monde comprend que c’est un temps difficile, que chaque secteur a son propre défi » et qu’il faut « appuyer nos entreprises pendant ce temps-là », dit-il.

Même si les États-Unis demeureront un partenaire incontournable, la conjoncture actuelle pourrait accélérer une réflexion plus large sur la place des entreprises canadiennes dans d’autres marchés.