Trois étudiants canadiens de niveau postsecondaire sur quatre affirment que les pressions budgétaires affectent leur bien-être et leur rendement scolaire. C’est ce qui ressort d’un sondage publié par la TD, en août.
Parmi les répondants, 89 % disent avoir vécu des difficultés financières au cours des trois derniers mois, tandis que 20 % se disent davantage stressés par l’argent que par les études.
Le sondage fait ressortir trois causes principales : le coût de la vie, la difficulté à équilibrer son budget et le poids de l’endettement.
À l’Université de Saint-Boniface (USB), cette précarité se fait notamment sentir à travers la banque alimentaire Chez Norma, fruit d’un partenariat entre l’université et l’Association étudiante de l’Université de Saint-Boniface (AEUSB).
« La demande a augmenté et on n’arrive pas à ajuster l’offre », explique Beydi Traoré, alors directeur général de l’association (1).
Depuis sa création en 2018, plus de 2 000 paniers alimentaires ont été distribués grâce à ce service gratuit, de plus en plus sollicité au fil des ans, selon lui.
Des sacrifices quotidiens
Derrière ces besoins, la hausse du coût de la vie. L’USB estime ainsi que la hausse du prix des aliments et de l’essence peut pousser certains étudiants à moins bien se nourrir ou à renoncer aux sorties.
Des concessions que Beydi Traoré retrouve auprès des étudiants et qui pèsent sur leur santé physique et mentale : « Ils sont obligés de sauter des repas. »
Certains renoncent même à acheter les livres nécessaires à leurs cours.
« En hiver, il n’est pas rare de voir un étudiant traverser de la résidence étudiante à l’Université avec une simple veste », ajoute-t-il.
La banque alimentaire Chez Norma propose d’ailleurs des manteaux au cas par cas.
« D’autres subissent le poids financier lié au fait de devoir contribuer aux dépenses de leur famille ou de devoir effectuer en retard le paiement de leur loyer, de leurs frais de scolarité et d’autres dépenses courantes », indiquent le Registrariat et le Bureau du recrutement et des services à la population étudiante de l’USB, dans un courriel à La Liberté.
Pour aider les étudiants-parents, Chez Norma leur fournit aussi des produits de première nécessité, notamment des couches et du lait infantile.
Face à ces difficultés, le travail ne constitue pas toujours une porte de sortie. L’AEUSB estime que la difficulté de trouver un emploi touche aussi bien les étudiants canadiens que les étudiants internationaux, compliquant les fins de mois.
Ces derniers doivent également composer avec une contrainte supplémentaire : les étudiants internationaux admissibles ne peuvent travailler hors campus que 24 heures par semaine pendant les sessions d’études.
« Ça limite l’accès à un emploi. Parce qu’un employeur ne serait pas très à l’aise d’embaucher quelqu’un qui serait capable de travailler que la moitié du temps », estime Beydi Traoré.
La demande pour les places sur le campus dépasse, selon le directeur de l’AEUSB de l’époque, l’offre.
« Les étudiants doivent aller chercher du logement autour de l’Université, dans le quartier, et puis trouver des personnes avec qui habiter parce que payer un logement seul n’est pas une chose facile pour les étudiants », dit Beydi Traoré.
Certains sont d’ailleurs contraints de se loger en périphérie, loin du campus et des services universitaires, une distance parfois rendue davantage problématique par les changements apportés au réseau de transport en commun.
Un soutien bienvenu
Face à ces besoins, l’AEUSB propose des bourses destinées à trois groupes d’étudiants : les citoyens canadiens ou résidents permanents, les étudiants des Premières Nations, Métis ou Inuits, et les étudiants internationaux.
Le fonctionnement de ces aides repose, selon Beydi Traoré, sur une enveloppe annuelle fixe, répartie en fonction du nombre de demandes.
« Plus il y a de personnes, moins on est capable de donner », résume-t-il.
En l’espace de quelques années, la hausse du nombre de demandes aurait ainsi divisé par deux, voire par trois, le montant accordé à chaque étudiant.
De son côté, l’USB, qui propose également des bourses de besoin financier, dresse un portrait plus nuancé : « Au cours des trois dernières années, l’USB a vu une diminution de 20 % du nombre de demandes de bourses de besoin financier de la part de sa population étudiante », indiquent les deux services.
Malgré cette baisse, ils font remarquer que le nombre de bourses accordées a augmenté de 10 % sur la même période. Cette progression, rendue possible par une augmentation de 9 % des fonds disponibles, pourrait également traduire une plus grande proportion de dossiers admissibles.
Dans ce contexte de précarité étudiante, l’USB a créé cet été un poste de personne conseillère en aide financière.
« [Son] rôle sera entre autres d’offrir un appui à la population étudiante dans la recherche de sources de soutien financier et de contribuer à la création de nouvelles bourses diverses », indique l’établissement universitaire.
(1) Beydi Traoré est le directeur général de Francofonds depuis le 15 septembre. Cet entretien a été réalisé avant qu’il occupe cette nouvelle responsabilité.




