Ce sont les Éditions du Blé qui lanceront l’ouvrage au salon Empire du Centre du patrimoine.

La parution de ce livre est une promesse tenue. Bernard Mulaire avait, en effet, promis de publier un livre consacré à l’art graphique, mettant en vedette une autre facette de son talent d’artiste, abandonnée en cours de route.

Ce livre contient plus de 70 reproductions de ses dessins et estampes d’autrefois, dont la plupart sont conservées dans son fonds au Centre du patrimoine.

« J’ai bien hâte, ça va vraiment être un bel évènement. Pour moi, c’est un peu un retour aussi parce que j’ai 81 ans. Alors, ça va être une belle occasion pour moi de revoir des gens que j’ai connus, des amis, des connaissances, des membres de famille », confie-t-il.

« Le livre vient donner une explication, un éclairage sur ce fonds. Alors, ça devient intéressant pour le Centre du patrimoine parce que, si quelqu’un s’intéresse à mon œuvre, on peut toujours lui présenter le livre pour lui permettre de compren- dre vraiment l’œuvre de Bernard Mulaire. Cela donne de bonnes pistes pour comprendre ce qu’il y a », ajoute-t-il.

Trajectoire est un livre d’art autobiographique. « Ce que je faisais était très lié à moi-même, à ma vie personnelle. Je décris mon parcours de façon très autobiographique parce que c’est en pensant à ma propre vie et aux différentes étapes que j’ai pu expliquer les dessins que j’ai faits à travers ce cheminement-là, indique Bernard Mulaire. Ça devient autobiographique et, en même temps, je traite de mes dessins. Puis, ce qui est un peu particulier aussi, c’est qu’il m’a été permis de faire, c’est de laisser l’artiste expliquer ses œuvres. »

Dans Trajectoire, Bernard Mulaire retrace avec lucidité et émotion son parcours d’artiste visuel entre 1960 et 1980, période durant laquelle l’auteur était actif en tant qu’artiste.

Le recul de plusieurs décennies lui permet aujourd’hui de porter un regard différent sur des œuvres réalisées pendant sa jeunesse, à une époque où sa démarche reposait davantage sur l’intuition.

« Un artiste qui aurait continué à produire n’aurait pas forcément le recul nécessaire pour expliquer ses anciennes œuvres, tandis que moi, j’avais vraiment un bloc qui datait, et je pouvais le regarder dans son entièreté. C’est en cela que le livre devient autobiographique, puis, en même temps, un livre d’art, parce que je jette un coup d’œil un peu comme un historien de l’art », poursuit l’artiste.

Manitoba, la muse

Bernard Mulaire dit avoir été influencé par des artistes de l’époque, par la religion, mais surtout par son environnement.

« C’est ce qui m’entourait qui m’a influencé. Comme c’est une œuvre personnelle, j’étais un produit du Manitoba français ; ce que j’ai fait, je n’aurais pas pu le faire si j’étais né ailleurs. Moi, c’était un milieu très religieux, très catholique. Je faisais le collège classique avec les Pères jésuites. Alors, tout ce qui se passait à cette époque-là, avec la dualité française-anglaise aussi, parce qu’on vivait dans une communauté, une société anglophone déjà. »

« Il y avait la communauté… c’est-à-dire Saint-Boniface. On voit encore la cathédrale, l’archevêché, les bâtisses des grandes communautés d’autrefois. Il y avait vraiment un climat culturel qui était là. Puis, nous, on réagissait aussi à ce qui se passait partout dans le monde », se remémore-t-il, soulignant également avoir été influencé par d’autres aspects.

« Il y avait Make Love, Not War. Il y avait tout ce qui se passait aux États-Unis, en Europe, puis il y avait le rock and roll. On était exposés à toutes ces autres forces-là qui remettaient en question le mode de vie d’autrefois, celui de nos parents. Ce que j’ai fait, c’était dans ce climat-là de remise en question. »

Le fil conducteur

Bernard Mulaire confirme qu’en revisitant ses œuvres, il a pu constater une certaine constance dans sa démarche, de ses débuts à l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.

Il a toutefois omis de dévoiler ses propres analyses à ce sujet, laissant libre cours au public pour les interpréter.

À travers son œuvre autobiographique, l’auteur veut témoigner de sa détermination et de son parcours habité par une passion absolue, voire obsessionnelle.

« J’étais obsessif dans ce que je faisais », confie-t-il.

Cette audace créative s’est parfois buttée aux conventions institutionnelles : Bernard Mulaire se souvient notamment de dessins jugés trop provocants pour le cadre familial du Centre du patrimoine, qui n’ont pu être montés qu’en une soirée, le temps du vernissage au salon Neil Gaudry.

L’artiste espère que ce goût du risque inspirera la relève artistique franco-canadienne : « Il y a des risques qui ont été pris pour faire ces dessins-là. Peut-être que ça peut inspirer de plus jeunes artistes : prendre des risques, y aller avec détermination, passion, obsession. »