Les Premières Nations et les Métis des quatre coins de l’Amérique du Nord s’étaient donnés rendez-vous à Winnipeg, la fin de semaine du 30 octobre au 1er novembre 2026, à l’occasion du Manito Ahbee.
Les yeux de Raven se mettent à briller, lorsque l’arène du Canada Life Centre s’obscurcit.
La musique démarre, deux jeunes danseuses traversent le tipi sur la scène et se mettent à virevolter.
À 60 ans, Raven Sin-Clair n’avait jamais assisté à un tel rassemblement de ses semblables. Il faut dire que cette fin de semaine du 30 octobre au 1er novembre 2026, Winnipeg était le cœur battant de l’Île de la Tortue – le nom donné à l’Amérique du Nord par les Premières Nations.
Les Autochtones des quatre coins du continent se sont ainsi donné rendez-vous au Manito Ahbee, le plus grand festival canadien célébrant leur culture et leurs traditions.
Une grande fête de famille sacrée, qui mêle d’émouvantes histoires intrafamiliales. « Je veux tout expérimenter! La nourriture, les spectacles, les danses, les exposants… », énumère Raven.
Elle se réjouit : « C’est excitant de me connecter avec ma culture et mon peuple. »
Pourtant, le lien qu’entretient Raven avec ses racines n’a pas toujours été aussi simple. Victime du Sixties Scoop, la rafle des années 60, elle a été enlevée de sa famille pour se faire adopter par une famille blanche.
À l’âge de 3 ans, la voici donc déplacée de sa réserve de Jackhead, près de la Baie-Kinwow, pour intégrer la famille de David Dandeneau – son nouveau frère.
Assis aux côtés de sa sœur adoptive, David Dandeneau raconte, alors que le défilé de mode autochtone commence : « Dans sa jeunesse, Raven a été traumatisée. On l’embêtait pour sa couleur de peau, elle voulait être blanche. »
Huguette Dandeneau, l’épouse de David précise : « Raven avait complètement rejeté ses racines, il y avait beaucoup de racisme à l’école. »
Une haine raciale telle que, une fois adulte, ses blessures la conduisent à traverser dépression et addictions. La situation était critique, lorsque son frère David Dandeneau, Métis et président du conseil du Manito Ahbee, lui suggère de faire la paix avec ses origines.
Il se souvient : « C’est seulement quand elle s’est replongée dans ses racines des Premières Nations que Raven s’en est sortie. Je lui ai promis qu’un jour on ferait un pow-wow ensemble. »

La francophonie au Manito Ahbee
Grâce à sa place au conseil, David Dandeneau a installé Raven à ses côtés, au premier rang.
Une promesse tenue qui fait partie du processus de guérison. Il sourit : « Ça fait dix ans qu’on ne s’est pas vus, on passe du bon temps ensemble. »
Les deux petites filles de Raven ont aussi fait le voyage depuis Calgary, elles participeront à des danses autochtones le lendemain.
« Je suis contente que Raven et les filles aient embrassé leur culture », confie Huguette Dandeneau.
La fille de David et Huguette Dandeneau, Andréanne, passe les saluer avant de filer en coulisses.
C’est elle qui a confectionné nombre d’impressionnantes tenues avec lesquelles les mannequins sont en train de défiler.
Styliste, Andréanne Mulaire Dandeneau a ouvert son magasin de linge sur Mulvey East. « Elle y inclut de la broderie, art de ses ancêtres », explique fièrement son père.
Leur héritage métis, le couple Dandeneau a tenu à le transmettre à ses quatre enfants. Le défilé se termine et la remise des prix se fait en anglais, « la langue la plus connue des Premières Nations, à part au Québec », explique David Dandeneau.
En tant que Métis, le français a une place importante dans son héritage, c’est en Nouvelle-France que ses ancêtres ont débarqué pour vivre de la traite de fourrures.
Il contextualise : « Quand tu entrais dans la traite de fourrures, c’était en français. Ce lien est peu connu, même parmi les francophones. »
Quant à Huguette Dandeneau, son père était dans le gouvernement de Louis Riel.
Alors forcément, les époux ont transmis le français à leurs enfants.
Une mission de « préservation de la langue française » et un « cadeau » fait à leurs enfants, d’autant plus précieux dans un contexte minoritaire.

