Il est également revenu sur les services consulaires, notamment le renouvellement des passeports français et les nouvelles formalités de voyage en Europe qui concerneront particulièrement les binationaux.
« Je viens ici avec de grandes ambitions », assure Adrien Cavey.
En poste depuis août, le nouveau consul général de France à Toronto effectuait la semaine dernière sa première visite au Manitoba.
Son programme comprenait notamment la Nuit des idées à l’Université du Manitoba, une rencontre avec les Français de la province à l’Alliance française du Manitoba et des échanges avec plusieurs acteurs provinciaux de la francophonie.
De l’Asie au Canada
Avant d’arriver au Canada, Adrien Cavey a occupé plusieurs postes au sein du ministère français des Affaires étrangères, où il travaille depuis près de 20 ans.
Diplomate du cadre d’Orient, ses études de chinois l’ont d’abord tourné vers l’Asie, en Chine et au Cambodge.
De retour à Paris, il a travaillé à la direction d’Asie du Nord-Est, puis à la direction des Français à l’étranger, où il a notamment « travaillé à la modernisation du réseau consulaire ».
Il prend désormais son premier poste de consul général.
« Je suis très content de le prendre au Canada, en Amérique du Nord, où il y a plein de choses passionnantes à faire. »
Le Canada représente pour lui un choix à la fois personnel et professionnel. Installé à Toronto avec sa famille, il y décrit une ville « extraordinaire, cosmopolite, dynamique ».
Après ses années en Asie, il retrouve en Amérique du Nord un autre grand pôle de l’économie mondiale.
« Pour un diplomate français, être en poste au Canada, c’est un honneur, c’est une grande fierté. C’est la possibilité aussi de travailler sur la francophonie, le Canada ayant aussi le français comme langue officielle. »
Ses priorités pour le Manitoba
« Même si nous sommes à Toronto, nous pensons aussi au Manitoba. On n’oublie pas Winnipeg, et c’est pour ça qu’on déploie les mêmes efforts qu’on ferait sur l’Ontario, […] modulo la distance. »
Le Manitoba relève, au même titre que l’Ontario, du consulat général de France à Toronto, tandis que les autres provinces canadiennes dépendent d’autres consulats généraux.
Adrien Cavey souhaite notamment accompagner le gouvernement manitobain dans ses ambitions en matière de bilinguisme.
Il réaffirme le soutien de la France à la candidature de la province au statut d’observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), déposée en janvier dernier par le gouvernement de Wab Kinew.
« Je ne peux pas préjuger du vote de l’organisation, mais je peux parler pour notre pays et on y est favorable », précise-t-il, alors qu’une décision est attendue lors du prochain Sommet de la Francophonie, les 15 et 16 novembre prochains à Phnom Penh, au Cambodge.
Sur le plan culturel, l’antenne de l’Institut français du Canada au consulat de Toronto propose une programmation en lien avec les universités et l’Alliance française du Manitoba.
L’équipe souhaite élargir ces coopérations : « On essaie de se développer également en lien avec les musées et avec les théâtres », explique Charline Petetin, chargée de mission culturelle.
Sur le plan politique, le nouveau consul général a profité de sa visite pour discuter de francophonie avec Glen Simard, ministre responsable des Affaires francophones, et Robert Loiselle, député de Saint-Boniface, puis avec la direction de la Société de la francophonie manitobaine (SFM).
Il a également rencontré Renée Cable, ministre de l’Éducation postsecondaire et de la Formation, au sujet des coopérations France-Manitoba.
Vers un rapprochement économique
Sur le plan économique, Adrien Cavey souhaite attirer davantage d’entreprises françaises au Manitoba, selon lui encore peu nombreuses par rapport à l’Ontario.
« Notre politique […] en matière de diplomatie économique, c’est le Go West, ou bien le Beyond Québec. Je le dis en anglais, mais c’est-à-dire qu’on essaie de faire venir les Français au-delà du Québec. »
Il suit notamment avec intérêt le développement du port de Churchill, qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de transport maritime vers l’Europe.
Ces ambitions commerciales soulèvent aussi la question de l’accès aérien. Winnipeg ne compte qu’une liaison sans escale avec l’Europe, vers l’Islande, lancée cette année et assurée une fois par semaine en été.
Adrien Cavey se dit favorable à « une liaison hebdomadaire vers un pays européen qui pourrait être la France ».
Pour faire avancer le dossier, il dit avoir récemment échangé avec Atout France, l’organisme français de promotion touristique, et estime que cette idée pourrait aussi intéresser le gouvernement manitobain.
La décision dépendrait toutefois de l’intérêt commercial des compagnies aériennes : « Est-ce que l’avion sera rempli? »
Au service des Français
« En ce qui concerne les services publics consulaires, là, mon objectif, c’est que nos services répondent à la demande. Et donc, s’il y a une demande, […] on répondra présent », affirme Adrien Cavey.
Il dit vouloir revenir au Manitoba « aussi souvent que ce sera possible et nécessaire » et annonce au moins une tournée consulaire par an.
Environ 480 Français résidant au Manitoba sont actuellement inscrits au consulat de Toronto selon le consul général, qui estime la communauté plus nombreuse.
Il encourage tous les Français de la province à s’y inscrire, afin de justifier le renforcement des services consulaires sur place et d’être connus du consulat en cas de crise.
À Winnipeg, le consul honoraire, Cyril Cordova, bénévole rattaché à Toronto, peut notamment établir des procurations de vote et effectuer d’autres démarches administratives.
« C’est un rôle de proximité, d’aide, de conseil aussi pour les situations que les Français peuvent rencontrer », explique le consul général.
À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, l’ouverture d’un bureau de vote à Winnipeg est à l’étude avec l’Alliance française du Manitoba et le consul honoraire.
« Le tout sera soumis à la validation du ministère à Paris. Mais à titre personnel, j’y suis favorable », précise Adrien Cavey.
Si rien n’est encore certain, il estime que la réponse pourrait être connue vers la mi-novembre.
Le vote en ligne n’étant pas permis pour la présidentielle, l’électorat devra, en l’absence de bureau à Winnipeg, se rendre à Toronto ou voter par procuration.
La personne désignée devra toutefois voter dans le bureau de l’électeur.
« Il faut trouver quelqu’un qui pourra voter pour vous à Toronto ou en France, si on est inscrit sur une liste électorale en France », précise Adrien Cavey, qui prévoit huit bureaux de vote à Toronto et deux à Ottawa.
Le consul général rappelle que l’inscription sur une liste électorale est possible jusqu’au sixième vendredi précédant le premier tour.
Vers l’Europe : de nouvelles formalités de voyage
L’arrivée de l’ETIAS, le nouveau système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages, ajoutera une formalité pour les Canadiens et les voyageurs d’autres pays aujourd’hui dispensés de visa.
Ils devront obtenir une autorisation avant de se rendre dans 30 pays européens, dont la France.
Sur le modèle de l’autorisation de voyage électronique (AVE) demandée aux Français se rendant au Canada par avion, celle-ci devra être obtenue en ligne avant le départ et coûtera 20 euros, sauf exemptions.
Liée au passeport, elle sera valable trois ans, ou moins si celui-ci expire avant.
Plusieurs fois reporté, il devrait finalement entrer en vigueur d’ici la fin de l’année.
Petit bémol : « Pour les Canadiens qui seraient aussi Français, pour les binationaux, […] ils ne pourront pas demander un ETIAS parce qu’ils seront considérés comme étant Français, pour nous, du point de vue de l’UE », explique Adrien Cavey.
Français aux yeux de l’ETIAS, mais Canadiens sur leur seul passeport : pour ces binationaux, les démarches pourraient prendre des airs de quête du laissez-passer A38.
Dispensés de cette autorisation, ils doivent toutefois pouvoir justifier leur nationalité française à l’embarquement, ce que leur seul passeport canadien ne permet pas.
Il faudra ainsi entrer en France avec un passeport français, tandis que le passeport canadien restera nécessaire pour revenir au Canada.
« Et donc on encourage les binationaux à se doter des deux passeports. »
Le consul général a toutefois demandé des précisions sur la possibilité de voyager avec un passeport canadien accompagné d’une carte d’identité française, jugeant « compliqué d’empêcher un Français de rentrer en France. »
La réponse restait attendue au moment de l’entrevue.
Anticiper les démarches
« On s’attend […] à une augmentation des demandes de passeport, en provenance notamment de binationaux qui n’avaient plus le passeport français », dit-il, en encourageant les personnes concernées à anticiper leurs démarches.
À l’approche de cette échéance, le consul général rappelle qu’au Canada, les adultes inscrits au consulat peuvent, sous conditions, renouveler leur passeport entièrement à distance.
La procédure expérimentale, relancée fin 2025, combine une demande en ligne, l’envoi de documents par courrier et un entretien en visioconférence.
« C’est quand même pratique. Et on le reçoit par la poste », souligne-t-il.
Les premières demandes et celles des mineurs, qui nécessitent normalement un déplacement dans un consulat, pourront être recueillies lors de la prochaine tournée consulaire, annoncée du 17 au 19 novembre à Winnipeg.
« Les tournées sont en priorité réservées aux inscrits. […] Mais pour Winnipeg, on prendra bien sûr tout le monde. »
En attendant, Adrien Cavey invite les Français du Manitoba à se faire connaître en s’inscrivant au consulat général de France à Toronto, pour dresser un portrait plus clair de la présence française.
« S’il y a un vivier suffisant de Français, on sera en mesure de déployer des services consulaires jusqu’au Manitoba. »

