Les joutes électorales du 28 novembre dernier, comme prévu (lire le blogue du 26 novembre : Le dilemme des élections), ont eu lieu sous le couvert de dissensions entre 12 candidats sur 18 et le CEP (Conseil Électoral Provisoire), et de grandes manifestations dans le pays contre ce que plusieurs, dont un organisme américain d’observation du processus électoral, qualifient de farce électorale. Revenons sur quelques événements significatifs qui ont marqué un tournant macabre sur l’échiquier socio-politique haïtien et profitons-en pour en questionner les mobiles et les motifs.

Très tôt dans la matinée les préparatifs se faisaient pour démarrer le processus de vote. La plupart des bureaux ont ouvert leurs portes vers 8 heures, d’autres n’ont commencé le processus que vers midi alors que certains ont arrêté les opérations  en milieu de journée comme à Saint-Raphaël  bien avant 16 heures, l’heure officielle de la fin du scrutin. Déjà sur RDI, on pouvait voir Wyclef jean, chanteur  de renom de la diaspora haïtienne, dont la candidature aux présidentielles avait été rejetée par le CEP, qui se plaignait du fait que quelqu’un d’autre avait déjà utilisé son identité et voté à sa place. Le cas inusité du candidat proche du pouvoir, Jude Célestin, retient aussi notre attention. On rapporte que son nom ne figurait pas sur la liste des électeurs comme des milliers d’autres électeurs aussi qui n’ont pas non plus caché leur mécontentement de ne pas avoir accompli leur devoir de citoyen.  L’ONI étant incapable de livrer les cartes d’identification dans un délai raisonnable. Des médias haïtiens ont aussi fait état de noms de personnes décédées dans le tremblement de terre qui sont listés comme électeurs potentiels, de boîtes d’urnes remplies bien avant le déclenchent du vote, et à certains endroits des bandits armés ont de facto violenté les électeurs et emporté des boîtes d’urnes remplies.  À la télévision se défilaient encore des images de bulletins de vote charriés par le vent à travers les rues de Port-au-Prince.

Vers 14 heures, devant le constat odieux de fraudes massives , une coalition spontanée de 12  candidats à la présidence en appelait à l’annulation du scrutin dans un communiqué conjoint à l’issue d’une conférence de presse tenue à Port-au-Prince. Le CEP a vite répliqué faisant valoir qu’il est trop tôt pour prendre une décision et qu’il fallait attendre les procès-verbaux en provenance de tout le pays. En fait, M. Gaillot Dorsainvil, président du CEP, a fait valoir que le vote se déroulait très bien. Parallèlement, les gens ont pris les rues par milliers à Cap-Haïtien, aux Cayes, à Jacmel, aux Gonaïves et à Port-au-Prince pour dénoncer les fraudes massives du scrutin et exiger la démission et l’arrestation de Préval et des membres du CEP. À 18 heures, dans une conférence bilan, le CEP a dévoilé les statistiques de 56 sur 1500 des bureaux où les élections avaient dérapé.  Donc  des irrégularités sur une échelle aussi minime ne justifieraient pas, ont-ils confié, l’annulation des ces élections. Aux candidats qui en ont réclamé, ils répondent que ces derniers devraient retirer  leur candidature par écrit,  de manière officielle, et que les concernés n’ont jamais ouvertement demandé aux électeurs d’arrêter de voter au cours de la journée. Le clou de la conférence  a été la question pour le moins insidieuse du jour lancée par le directeur du CEP : « Est-ce que ces candidats continueront  encore à réclamer  l’ajournement du scrutin si les premiers procès-verbaux attestent de leur victoire potentielle? »

Après une nuit tendue, le pays s’est levé dans la crispation d’un lundi calme mais qui laissait présager trop d’incertitudes. Ainsi l’alliance précaire du 28 novembre des 12 candidats a subi un revers presque fatal suite à la défection des deux principaux candidats. En moins de 24 heures, les deux meneurs dans le décompte des premiers procès-verbaux, Mirlande Manigat et le chanteur Michel Martelly se disent encore dans la course électorale. Manigat arguait qu’elle n’avait pas participé à la rédaction du fameux communiqué du 28 novembre et par conséquent elle serait  prête à aller au deuxième tour si nécessaire. Un revirement, qui nous a malheureusement pris au dépourvu, surtout quand il s’agit d’une femme qui ne jure que  par les  principes de la démocratie, entre autres! Des déclarations que la commission conjointe CARICOM/OEA attendait pour cautionner la validité de ce scrutin.

Les pays amis d’Haïti de leur côté patauge dans le discours des irrégularités. Ils ont tous, de la France au Canada, fait écho du leitmotiv du moment émis par l’ONU: « Nous sommes très préoccupés… » Si leur position reste mitigée, des observateurs américains indépendants qualifient ces élections de farce électorale.  Avis partagé par les organisations politiques locales, celles de l’initiative de la société civile et des droits de l’homme crient au scandale, exigent d’une seule voix la caducité des élections. Toutefois, Edmond Mullet, de la  Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti, MINUSTAH, en appelle la population haïtienne au calme faisant valoir qu’on doit attendre la fin du décompte des bulletins.

En attendant les premiers résultats qui doivent être publiés à partir du 7 décembre prochain par le CEP vu que 70% des procès-verbaux auront été déjà tabulé à l’heure actuelle, le peuple continue, jusqu’à hier mardi, de manifester sa révolte à travers les rues de Saint-Marc et ailleurs, stigmatisant ainsi l’inacceptable.  Il est clair que ces élections ne vont pas se refaire et que ces deux candidats, Manigat et Martelly, qui en prônent un deuxième tour, en dépit de leur popularité, risquent, à leur tour, d’être mal pris voire acculés devant ce qui pourrait les attendre. Autant que je comprends les rouages du climat politique haïtien, Jude Célestin, et par ricochet, Préval, ne vendront que chèrement leur peau.

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