Suite No 4 pour orchestre de J.S. Bach
Exultate, jubilate! de Mozart
Messe en do majeur op. 86 de Beethoven
Orchestre symphonique de Winnipeg, dirigé par Alexander Mickelthwate
Winnipeg Philarmonic Choir
Suzie LeBlanc, soprano
Monica Huisman, soprano
Colleen Skull, mezzo-soprano
Kurt Lehman, tenor
Justin Welsh, baryton
Le vendredi 3 décembre, Salle de concert du Centenaire

Le cinquième concert de la série Masterworks présentait un très beau programme d’oeuvres des trois compositeurs qui ont le plus marqué l’évolution de la musique classique au 18e siècle: J.S. Bach, Mozart et Beethoven.

Les suites pour orchestre ou “ouvertures”, comme Bach les auraient nommées, sont inspirées de la musique galante française, particulièrement dans le style de Jean Baptiste Lully, réputé compositeur de la cour de Louis XIV, fou du ballet, dont l’influence s’était répandue en Allemagne. Bach a sans doute composé ces suites pour l’orchestre qu’il dirigeait depuis 1717 à la cour du prince Léopold d’Anhalt-Cöthen, près de  Leipzig. Cinq des sept mouvements de la suite No 4 sont des danses françaises. Dirigé par un Mickelthwate en pleine forme, l’orchestre a joué avec entrain mais tout en gardant la retenue qu’imposent les règles de la galanterie. Si à Versailles on disait à l’époque “Silence, le roi s’amuse!” on aurait pu dire vendredi “Silence, le chef s’amuse!”.

C’est sous l’influence de l’opéra italien et surtout dans l’admiration de la virtuosité du castrat Venanzio Rauzzini, entendu lors d’un bref séjour à Milan dans son opéra Lucio Silla, que Mozart a composé le motet Exultate, jubilate! Oeuvre de jeunesse, Mozart donne libre cours à sa créativité exubérante pour exprimer la joie infinie des âmes bienheureuses.

Suzie LeBlanc, d’origine acadienne vivant maintenant en Nouvelle-Écosse, a été appelée à quelques semaines d’avis pour remplacer Tracy Dahl, qui a du annuler son engagement. Mme LeBlanc a admirablement chanté. Exultate, jubilate! est une oeuvre difficile à interpréter à cause des nombreux défis techniques qu’elle comporte et de son ambiguïté: une musique au caractère très profane sur un texte religieux. Plusieurs sopranos de renom en ont donné des interprétations vocales impressionnantes mais irrespectueuses du sujet, le texte étant parfois à peine ou très mal articulé. Au contraire, on a senti que Mme LeBlanc était pénétrée par le sujet et elle l’a interprété avec beaucoup d’émotion.  Le texte et la musique étaient bien articulés, malgré le rythme très vif imposé par Mickelthwate au premier mouvement. La voix est claire et précise, très mélodieuse. Elle passe du grave à l’aigu avec une étonnante fluidité, un parfait contrôle du son. Mme LeBlanc fait de la musique et non des prouesses vocales.

Ce n’était que sa troisième visite à Winnipeg. Elle était venue une première fois avec un choeur d’enfants à l’âge de 10 ans et plus récemment en 2004 avec le contre-ténor Daniel Taylor, invités par l’Orchestre de chambre du Manitoba. Espérons que nous pourrons bientôt la réentendre en récital ou comme soliste avec l’OSW.

La Messe en do de Beethoven, dernière oeuvre au programme, est malheureusement peu souvent jouée malgré sa beauté. Beethoven n’a composé de deux messes, et la dernière, la Missa Solemnis, se rapproche davantage de la grandeur des symphonies de Beethoven que nous sommes plus habitués d’entendre, et est donc plus connue et plus présentée. La messe en do a été commandée par le Prince Nikolaus Esterházy II, qui souhaitait renouer avec la tradition familiale de faire composer une messe chaque année. Hayden l’avait fait jusqu’à ce que la maladie l’arrête en1802. Beethoven a composé cette messe avec une touche personnelle et quelques innovations qui ont déplu à ce moment. En effet, le style est novateur, notamment dans les rapports entre les solistes et le choeur, et Beethoven démontre une grande sensibilité spirituelle au texte dans le choix des couleurs et des tonalités. L’oeuvre fut mal reçue, au plus grand déplaisir du compositeur, choqué de “l’attitude outrageusement glaciale de notre temps” pour une oeuvre “exceptionnellement proche de mon coeur.”

Beethoven aurait certainement trouvé consolation dans la magnifique interprétation de son oeuvre par l’OSW et le Winnipeg Philarmonic Choir. Le choeur avait été très bien préparé par son directeur Yuri Klaz.  En parfaite communication avec le chef, il a été éblouissant. Le son était très beau, les voix bien équilibrées. Le texte latin était clairement articulé et l’expression musicale fut impeccable. L’orchestre a aussi joué avec beaucoup de sensibilité. L’OSW avait choisi une brochette de jeunes solistes originaires de l’Ouest, dont trois de Winnipeg. En remplacement de Mme Dahl, la soprano Monica Huisman, qui ne manque certainement pas de talent, a eu de la difficulté à s’adapter à l’oeuvre et à chanter en harmonie avec les autres solistes. On ne chante pas une messe comme un opéra. La voix était souvent trop forte et manquait de clarté, de limpidité. Le texte était mal articulé. Pour leur part, Colleen Skull, mezzo-soprano, Kurt Lehman, tenor et Justin Welsh, baryton originaire de la Colombie-britannique, ont chanté avec beaucoup de recueillement et d’intériorité. Les voix étaient claires, le phrasé mélodieux et l’articulation précise. Dans les duos ou les quatuor, aucun ne cherchait à dominer. Dommage que Mme Huisman n’ait pas réussi à se fondre dans ce bel ensemble.

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