À l’issue des élections non moins houleuses de novembre 2010 et de mars 2011, Joseph Michel Martelly est en passe de devenir le 56e président d’Haïti, évinçant ainsi son rival, Mirlande Manigat. À 50 ans, M. Martelly, artiste de carrière, se prête à un exercice du pouvoir non moins complexe et aléatoire si l’on se fie à la situation cauchemardesque des masses qui l’ont élu.

Des promesses farfelues et même irréalistes ont émaillé le discours électoral du nouveau chef d’État. Il réitère la promesse de l’éducation gratuite de la Constitution de 1987 et a même promis de créer des centaines d’universités à travers le pays. Il a martelé le changement comme pivot de ses interventions publiques. Beaucoup d’analystes espèrent que ce concept de changement ne sera pas uniquement de l’ordre de slogan. Entre autres, il dit pouvoir sortir les 1, 5 million de réfugiés du séisme des tentes, et que le citoyen haïtien va pouvoir manger à sa faim. Aux questions des journalistes sur le comment de la réalisation de ces promesses, Martelly se contente de dire qu’il ne veut pas révéler son plan et ses sources de financement.

Néophyte en politique, Martelly a, à plusieurs reprises, commis des impairs par rapport à la presse haïtienne. Il s’en est pris de manière non moins arrogante à des journalistes qui posaient des questions pertinentes sur la gestion de ses finances personnelles, plus précisément sur les taxes non payées et la saisie par des banques de ses trois maisons en Floride. En outre, le passé immoral du chanteur, qui se donnait avec désinvolture à des scènes de nudité dans ses spectacles qui sont encore disponibles sur le réseau Youtube, a refait surface régulièrement dans les interviews et éditoriaux. Martelly semble être hanté par le personnage « Sweet Micky » qu’il a créé au cours de ces 20 dernières années, et qui de toute évidence lui a valu cette popularité qui l’a propulsé au timon des affaires de l’État aujourd’hui. Plusieurs ont la difficulté à décanter l’artiste d’une rare vulgarité qu’est Sweet Micky du politicien Martelly.

Par rapport à la communauté internationale, Martelly qui clamait haut et fort qu’il allait détruire la CIRH (Conseil Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti) semble changer son discours après la rencontre de Clinton, co-président de ce conseil. Le nouveau président haïtien dit suivre de près les progrès du conseil et verra en temps et lieu les décisions à prendre quant à son avenir. La communauté internationale a souhaité la bienvenue au nouveau locataire du palais national (jusqu’à date détruit par le tremblement de terre) mais le Secrétaire des Nations-Unies, Ban Ki-Moon, avertit que Martelly n’aura pas la tâche facile au cours des cinq prochaines années. Est-ce une manière voilée de dire à ce dernier, qu’il n’aura pas l’appui financier nécessaire pour réaliser ses projets? Peu importe les implications d’un tel avertissement, Martelly devra, comme nouveau gestionnaire de la chose publique, se donner un plan s’il n’en avait pas un et de le contingenter s’il ne l’avait pas encore fait.

Au-delà de ses relations qu’il devra harmoniser avec la presse haïtienne très inquiète de l’avenir du pluralisme politique dans le pays et de la communauté internationale très perplexe, le nouveau président hérite d’un pays en décrépitude et que malheureusement son inexpérience ne saurait aider. Si l’argument principal de sa plateforme électorale fut de l’élire car ceux qui ont le savoir et le savoir-faire ont tous échoué, c’est bien le moment de lui rappeler que les politiciens traditionnels n’ont pas réussi parce qu’ils avaient trop de connaissances ou de techniques mais bien parce qu’il leur manque au-delà de ces connaissances, le savoir-être nécessaire pour mener le pays vers la voie du développement.

Alors, les scénarios n’augurent rien de positif. Avec un parlement partagé entre Inité, le parti politique de Préval et les autres plateformes politiques alternatives, Martelly va devoir jongler avec les forces réelles du pouvoir. D’ailleurs, plusieurs parlementaires influents nourrissent le rêve d’accéder à la présidence dans cinq ans. Ceux-là seront les premiers à s’opposer farouchement à son programme de gouvernement (s’il en existe un). La presse qui se pose déjà en victime du régime car des stations de radio ont reçu des menaces d’être incendiées et des journalistes d’être exécutés par les partisans de Martelly va suivre les moindres gestes de ce nouveau gouvernement. On doit se rappeler que la presse haïtienne fut l’instigatrice du départ précipité d’Aristide en 2004. Martelly aura beaucoup d’efforts à déployer pour apaiser les appréhensions des journalistes.

Certes la présence de Duvalier et d’Aristide, deux anciens chefs d’État, sur le territoire haïtien, ne devrait pas non plus lui faciliter la tâche.

Beaucoup d’observateurs politiques espèrent s’être trompés sur ce qui attend Haïti au cours de ces cinq prochaines années, que Martelly va leur faire une agréable surprise, qu’il va monter une équipe dynamique en allant chercher les ressources humaines adéquates pour remettre Haïti sur la voie du développement. Qu’il va boucler ses cinq ans, qu’il travaillera d’arrache-pied à jeter les bases d’un État de droit, qu’il aura la chance d’amender la Constitution haïtienne, comme il l’a promis, qu’il va intégrer la diaspora haïtienne dans la chose publique, etc.

On ne fait qu’espérer en attendant le test des 100 premiers jours de son gouvernement.

 

 

 

 

 

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