Stephen Harper
Stephen Harper

Le budget fédéral 2011-2012 proposé par le gouvernement Harper le 22 mars et l’accusation d’outrage au parlement à laquelle ce dernier faisait face étaient deux raisons pour l’Opposition de faire tomber le gouvernement en place.

Camille SÉGUY et Danny JONCAS (APF)

Si le sort du gouvernement Harper semblait scellé avant même le dépôt du budget, que les chefs des trois partis de l’Opposition appelaient à rejeter, c’est finalement sur un vote de confiance du parlement portant sur les accusations d’outrage que le gouvernement conservateur a chuté.

Plus de choix

L’accusation d’outrage au parlement a en effet déclenché les élections le 25 mars, par un vote de défiance de 156 voix à 145. « L’outrage est très sérieux car c’est le parlement qui représente le peuple, pas le premier ministre », affirme le candidat libéral de Saint-Boniface, Raymond Simard.
Première dans l’histoire du Canada, cette accusation d’outrage au parlement résultait des conclusions d’un rapport du Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre.
Le fait que le gouvernement refusait de fournir à l’ensemble des députés les coûts reliés à certaines de ses mesures, comme l’achat d’avions de chasse F-35, les réductions d’impôts aux grandes entreprises ou leur programme de lutte contre la criminalité, était en cause.
« Pendant quatre mois, nous avons demandé des comptes à ce gouvernement, a rappelé le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, à la Chambre des communes, le 25 mars, juste avant le vote de confiance. Nous n’avons reçu aucune réponse, mis à part du mépris et de l’arrogance. »
La députée néo-démocrate de Churchill, Niki Ashton, partage l’avis des Libéraux. « Avec ce gouvernement, on vit un scandale après l’autre, déplore-t-elle. On ne peut plus fonctionner à Ottawa car on n’a plus confiance. C’était une raison suffisante, en plus des raisons économiques avec le budget, de défaire le gouvernement. »
C’est donc le 2 mai que les électeurs se rendront aux urnes. « On sait bien que les Canadiens n’ont pas envie d’aller en élection, et deux fois la même année pour certains, mais on n’avait pas grand choix, explique Raymond Simard. Les points de vue étaient devenus tellement différents au parlement que ça ne fonctionnait plus. Il n’y a eu aucun progrès les six derniers mois. Dans ces cas-là, la seule solution est de retourner au peuple pour savoir ce qu’il veut. »

Préoccupation grandissante

Le politologue, Raymond Hébert, confirme en effet que « le budget était devenu très secondaire dans la volonté de déclencher des élections. Le vrai grand enjeu était la démocratie et l’éthique car le gouvernement Harper est vu comme antidémocratique par les partis d’Opposition. C’est sa faiblesse.
« Le système parlementaire canadien est très fragile car il repose sur des conventions et des traditions qui ne sont écrites nulle part, conclut-il, et Stephen Harper est peu regardant de ces règles. Il a déjà méprisé et contourné le parlement, en faisant par exemple d’importantes déclarations en dehors de la Chambre des Communes, ce qui est dangereux pour la démocratie. Cela explique le déclenchement d’élections. »
Pour l’analyste politique, Michel Lagacé, le vote de défiance à la Chambre des commune le 25 mars « résume bien la préoccupation grandissante du pays vis-à-vis de l’attitude du gouvernement Harper envers le parlement, mais aussi les institutions et le peuple en général ».
Si les questions éthiques étaient déjà très présentes lors de la campagne électorale fédérale de 2006, avec les Libéraux sur le banc des accusés et le scandale des commandites comme motif, c’est toutefois « la première fois de l’histoire du Canada qu’un gouvernement est accusé officiellement d’outrage au parlement, rappelle-t-il. Ça a une valeur symbolique et, pour les Libéraux, c’est une cible de critiques très concrète ».
Michel Lagacé estime cependant que pour ce qui est de l’opinion publique, « il est pour le moment difficile de savoir comment elle réagira à la question de l’outrage. Son rôle dans les élections dépendra de la campagne électorale et des sujets qui la dominent ».

Un budget rejeté

Pour les partis de l’Opposition, la proposition de budget du gouvernement n’était pas non plus acceptable, même si le gouvernement conservateur a « essayé de travailler avec les autres partis, et on a mis plusieurs de leurs idées dans notre budget », assure la députée conservatrice de Saint-Boniface et secrétaire parlementaire du ministre des Finances, Shelly Glover.
« C’est surtout un problème d’intégrité, explique Raymond Simard. Les priorités des Canadiens selon nos consultations sont totalement différentes de celles du gouvernement. »
Il estime de plus que « le gouvernement a essayé en dernière minute de mettre des mesures pour plaire aux autres partis, mais ce n’était pas sincère. C’était petit et à court terme, et aurait surtout bénéficié aux grandes entreprises, pas aux familles. C’était juste pour dire qu’il y avait quelque chose ».
De même, Niki Ashton, concluait que « le gouvernement a entendu nos priorités mais il ne montrait pas de véritable initiative pour assurer une vie meilleure aux Canadiens. Il faisait quelques pas, mais il y en avait encore trop à faire et c’était inacceptable qu’il ne veuille pas discuter nos amendements à ce budget alors qu’il dit toujours qu’il faut travailler ensemble. C’était hypocrite et ça manquait de leadership et de responsabilité ».

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