David Boning dans son imprimerie
David Boning dans son imprimerie, en train de répondre à une commande du NPD.

Si les campagnes électorales ont un coût, notamment pour les partis politiques, elles sont aussi source de profits pour certaines industries.

Camille SÉGUY

Le budget total des élections fédérales cana­diennes, pour l’ensemble des cinq partis politiques, est d’environ 77 millions $. « Ce sont 77 millions $ réinjectés dans le circuit économique, donc c’est très bon pour le pays, se réjouit le professeur d’économie au Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB), Faïçal Zellama.

« Ça dynamise l’activité économique sur une courte période, poursuit-il, ce qui lui donne de l’oxygène. Ces dépenses publiques stimulent le chiffre d’affaires des petites et moyennes entreprises de façon significative, et ça crée des emplois. »

Même si beaucoup de candidats qui se représentent recyclent leurs pancartes électorales pour faire des économies, Faïçal Zellama assure en effet qu’« ils dépenseront quand même leur budget en entier. Ils auront juste plus de pancartes, donc l’effet sur l’économie sera toujours aussi positif ».

Le grand gagnant

L’industrie du papier et de l’imprimerie est l’une des industries qui profite le plus de ces campagnes électorales.

« Les imprimeurs, les coupeurs et les industries de transformation du papier et du carton sont très en demande lors des campagnes électorales, constate Faïçal Zellama. Ils doivent créer des affiches et des pancartes pour les candidats. »

L’imprimerie Omniscreen, à Winnipeg, fournit en pancartes et affiches les Partis vert, libéral et conservateur, le Nouveau Parti démocratique (NPD), ainsi que d’autres petits partis.

« On envoie notre production un peu partout au Canada, jusqu’à Yellowknife au Yukon », souligne le copropriétaire d’Omniscreen, David Boning.

Lui qui a plus de 25 ans de savoir-faire dans la production de pancartes électorales affirme que « la campagne électorale est l’un des meilleurs temps de notre année. Ça double nos ventes, ce qui est toujours positif. C’est une stimulation majeure, on parle de dizaines de milliers de dollars de plus dans notre chiffre d’affaires ».

Omniscreen a dû s’adapter à cette forte demande. « On est très occupés mais on n’a pas embau­ché de nouveaux employés, précise David Boning. Ce serait difficile car la campagne électorale ne dure pas longtemps et on ne peut pas prévoir quand il va y en avoir une, donc on n’aurait pas le temps de former les nouveaux ».

À la place, « on fait des heures supplémentaires et on travaille les fins de semaine, poursuit-il. Les premières semaines étaient les plus folles car tous les candidats voulaient avoir leurs pancartes le plus vite possible et on voulait les satisfaire ».

Ce stimulus économique de l’industrie du papier est d’autant plus important que « cette industrie est en difficulté », rappelle Faïçal Zellama.

Le professeur d’économie ajoute que d’autres industries sont touchées par la campagne électorale, plus indirectement, comme les transports pour acheminer les pancartes et les candidats, mais aussi les services de restauration. « Les gens vont parfois prendre un café et discuter de la campagne », explique-t-il.

Anciens bénéficiaires

De même, la presse peut profiter des campagnes électorales dans une certaine mesure. « Les gens veulent suivre les nouvelles donc ils ont tendance à acheter plus de journaux », remarque Faïçal Zellama.

L’éditeur du Winnipeg Free Press, Bob Cox, nuance toutefois le propos. « Pour nous, les élections fédérales n’ont plus beaucoup d’impact sur notre circulation, affirme-t-il, sauf peut-être le lendemain des élections. Avant, on vendait plus de journaux lors des campagnes électorales, mais maintenant, les citoyens se tournent vers la télévision et l’Internet pour se tenir informés, pas vers la presse écrite. »

Il confie par ailleurs que « les histoires politiques, même si elles sont importantes, n’ont jamais été les plus vendeuses ».

De même, les partis politiques concentrent désormais leur campagne publicitaire sur les chaînes de télévision avant tout. Bob Cox assure donc que « la taille de nos journaux n’a pas changé avec la campagne électorale. La seule différence, c’est qu’on accorde plus de place à la politique dans l’éditorial ».

 

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