Jack Layton
Jack Layton

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, a perdu sa bataille contre le cancer. Il est décédé le 22 août au matin, laissant derrière lui un Parti encore fragile de sa récente expansion.

Camille SÉGUY

À 61 ans, le chef du Nouveau Parti démo­cratique (NPD), Jack Layton, ne sera pas au rendez-vous de la reprise des travaux parlementaires à la Colline d’Ottawa, en septembre prochain. Son cancer a eu raison de lui le 22 août, ce qui laisse sous le choc l’ensemble de son parti politique.

« On espérait tous que Jack Layton reviendrait en septembre comme il l’avait dit, confie l’ancien candidat néo-démocrate aux élections fédérales de 2004 et 2006, Mathieu Allard. On ne savait pas à quel point il était malade, même si on avait tous vu lors de sa dernière conférence de presse qu’il semblait très faible. »

« Il avait une personnalité tellement vive et forte que c’est choquant d’imaginer qu’il ne sera plus jamais avec nous », renchérit la députée néo-démocrate de Churchill, Niki Ashton.

Inspirant

La personnalité de Jack Layton était admirée au sein de son parti politique, mais aussi dans tout le Canada. Dès l’annonce de son décès, de nombreux messages de condoléances ont afflué sur les médias sociaux, de partout au Canada et de toutes les tendances politiques.

« Sa mort est une tragédie pour sa famille, mais aussi pour le pays, affirme le chef du NPD du Manitoba et premier ministre de la Province, Greg Selinger. Il a joué un rôle clé dans l’unification du pays. Il a inspiré tout le pays à lutter pour la justice sociale. Il va nous manquer. »

Niki Ashton estime pour sa part que « Jack Layton a apporté quelque chose de nouveau à la politique canadienne car il avait une vision inclusive et positive de la politique. Il acceptait tout le monde d’un océan à l’autre, y compris les jeunes, pour être députés. C’était assez unique ».

Elle se souvient d’ailleurs que « c’est la façon dont il a mis sa confiance en moi, une jeune femme, qui m’a encouragée à me lancer en politique en 2006 et continuer, malgré le fait que les gens ne me prenaient pas au sérieux. Je n’oublierai jamais ça ».

La personnalité de Jack Layton a aussi joué un grand facteur dans l’entrée en politique de Mathieu Allard. « Jack Layton était optimiste, engagé, il croyait en ce qu’il disait, et c’était contagieux, analyse-t-il. Il vivait vraiment sa passion de changer le monde par la politique. Il était le même en personne et à la télévision, quelqu’un de très humain. »

La secrétaire-trésorière du conseil fédéral du NPD et candidate pour Winnipeg-Nord en 2011, Rebecca Blaikie, partage son avis. « L’énergie avec laquelle Jack Layton travaillait, sa croyance en une meilleure société canadienne étaient inspirantes, assure-t-elle. C’est ça qui nous menait à la tâche. »

Elle a pu travailler de très près avec lui de 2005 à 2008, quand elle était directrice générale de la section Québec du NPD et que Jack Layton voulait poser les bases d’une percée néo-démocrate dans la Belle-Province.

Sur les rails

Si le décès de Jack Layton laissera un grand vide au sein du NPD, de l’avis de ses députés et partisans, tous se veulent rassurants quant à l’avenir du Parti.

« Certes, la personnalité de Jack Layton avait un grand impact, mais il a mis le NPD sur les rails et j’ai confiance qu’on saura continuer à travailler pour la justice sociale, économique et écologique, en son honneur », assure Rebecca Blaikie.

Mathieu Allard ajoute que « Jack Layton nous a laissés avec une machine politique moderne et les outils pour continuer le travail. Il regardait vers l’avenir et a pour cela bâti quelque chose qui pourra continuer sans lui, grâce au monde qu’il a fait rentrer au parlement et aux connexions qu’il a établies ».

C’est aussi l’avis de Niki Ashton. « Sa personnalité était très connue et aimée, mais l’un de ses mots préférés était « équipe », souligne-t-elle. Il travaillait donc avec une équipe forte, et c’est cette équipe qui va continuer maintenant. »

Complexe

L’analyste politique, Roger Turenne, se veut toutefois moins confiant quant à l’avenir du NPD. Il explique en effet que « la montée du NPD au Québec lors des dernières élections fédérales était tellement unique que même sans les problèmes de santé de Jack Layton, on ne savait pas comment ça finirait pour le NPD. Le décès du chef ne fait donc que fragiliser une situation qui l’était déjà ».

En plus de faire face au besoin d’élire un nouveau chef, le NPD devait en effet déjà composer avec un grand nombre de jeunes députés sans expérience, de même que des députés québécois élus au sein d’un parti fédéraliste par dépit face aux alternatives et pour le charisme du chef, non pas par conviction profonde.

« C’est l’une des situations les plus complexes que la scène fédérale ait connue depuis l’effondrement des Conservateurs en 1993, affirme Roger Turenne. Jack Layton était un conciliateur, à l’intérieur du Parti comme avec les autres partis. C’était un architecte qui a quitté un édifice en pleine construction. Le défi à relever par le NPD est immense, et son succès dépendra aussi de comment les Partis libéral et québécois se relèvent pour leur part de leur propre défaite électorale. »

Pour l’heure, aucune décision concrète n’a été prise concernant la succession de Jack Layton à la tête du NPD. « Pour le moment, on vit notre deuil, confie Niki Ashton. Après, on verra. On aura des décisions difficiles à prendre dans les prochaines semaines. »

Jack Layton lui-même, dans une lettre écrite aux Canadiens le 20 août, faisait le vœu que le NPD « organise une course à la chefferie aussi vite que possible, dès la nouvelle année, afin de laisser le temps nécessaire pour reconstruire un parti, une équipe et un programme avant les prochaines élections fédérales », dans quatre ans.

 

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