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De gauche à droite et par ordre alphabétique : le chef du parti Libéral, Jon Gerrard, le chef du parti Conservateur, Hugh McFadyen et le chef du parti Néo-démocrate, Greg Selinger.

« Si on ne respecte pas les droits des francophones,
comment va-t-on respecter les autres minorités
au Manitoba? », se demande Ibrahima Diallo.

Trois semaines avant l’élection provinciale du 4 octobre, deux des trois principaux partis politiques provinciaux ont dévoilé leur vision détaillée pour le Manitoba. Deux politologues se prononcent sur les questions pertinentes pour l’électorat.

Jocelyne NICOLAS

«Le Nouveau Parti démocratique (NPD) mène sa campagne contre un fantôme, avance le professeur de sciences politiques à l’Université du Manitoba, Richard Sigurdson. Ils luttent plutôt contre l’histoire des Conservateurs sous la direction de Gary Filmon, puisque les Conservateurs n’ont pas eu à prendre de décisions dans les 12 dernières années. »

Cette longue période sous le contrôle du NPD pourrait affecter les résultats lors des élections provinciales prévues le 4 octobre. « Les Conservateurs ont beaucoup plus de décisions à attaquer, continue Richard Sigurdson. C’est une campagne intéressante, puisque les deux partis majeurs visent le même électorat, c’est-à-dire les citoyens de classe moyenne, dans les banlieues winnipégoises. C’est ce groupe qui va déterminer la victoire. »
Avant même le début officiel de la période de campagne électorale, les Néo-démocrates et les Conservateurs avaient publié des documents détaillés, décrivant leurs visions pour la Province. Les Libéraux, quant à eux, ont choisi de dévoiler leurs propositions une à une pendant la campagne, une décision que les experts craignent être une erreur.
« On a l’impression que les Libéraux sont plus lents, remarque le politologue, Raymond Hébert. À notre époque, l’électorat s’attend à un document qui souligne la vision du parti. Les gens vont se demander si le parti est vraiment prêt pour cette élection. »
Richard Sigurdson est d’accord pour dire que la confiance de l’électorat pour les Libéraux semble faible. « Soyons clairs, cette campagne est surtout une lutte entre les Partis conservateur et néo-démocrate », affirme-t-il.

La criminalité
L’une des questions majeures où les deux grands partis diffèrent est celle de la criminalité. « Les Conservateurs ont toujours pris l’approche punitive, et cela a très bien fonctionné pour Stephen Harper pendant les élections fédérales de mai dernier, rappelle Raymond Hébert. Sur les questions de violence et des gangs, le NPD devra répondre au public qui perçoit la situation comme dangereuse. »
Selon Richard Sigurdson toutefois, l’effet de la criminalité sur les partis politiques, négatif ou positif, n’est pas lié à l’évolution de ses activités.
« Un gouvernement ne peut faire qu’un certain nombre de choses pour assurer la sécurité, reconnaît-il. Le nombre de crimes est en diminution en ce moment, et ce n’est pas nécessairement grâce aux gouvernements. Mais le fait que la campagne électorale se déroule juste après l’été, période où le crime augmente d’habitude, assure que la violence reste une priorité pour la population. »

La santé
En santé, les Conservateurs et les Néo-Démocrates proposent tous d’augmenter le nombre de médecins et d’infirmières au Manitoba, mais les Conservateurs proposent de financer cette augmentation en réduisant la bureaucratie dans les Offices régionaux de la santé (ORS).
« Pour moi, ce qui est intéressant au sujet de la santé, c’est que ça ne semble pas être une question importante pour l’électorat en ce moment, estime Richard Sigurdson. Comparé aux crises du système de santé dans les années 1980 et 1990, on est en assez bonne condition. »
De même, l’une des questions très discutées avant la campagne électorale, Manitoba Hydro, ne semble plus être à l’esprit de l’électorat.
« Les Conservateurs ont clairement indiqué qu’ils ne vendront pas Manitoba Hydro et l’électorat semble les croire, alors la question pertinente devient Bipolaire III, observe Richard Sigurdson. Les deux partis se différencient sur la route à utiliser pour Bipolaire III, mais je ne crois pas que cette question passionne les Manitobains. »

La francophonie
Sujet d’importance pour les Franco-Manitobains, aucun des trois partis ne s’est prononcé sur la francophonie. Ni les sites Web, ni les documents accessibles sur les sites Web ne sont disponibles en français. Le président de la Société franco-manitobaine (SFM), Ibrahima Diallo, trouve cette omission « déplorable », mais il espère voir un changement.
« Les partis ont encore le temps de rectifier cette omission, souligne-t-il. Les francophones sont reconnus sur le plan historique, économique et culturel, et il y en a dans tous les partis. Nous sommes confiants que les partis feront des efforts pour démontrer leur vision pour les francophones. »
La SFM a pour habitude de produire un questionnaire à l’attention des partis politiques lors de chaque élection. « Il y a certains partis qui répondent, et d’autres pas, constate Ibrahima Diallo. Mais quand on voit la contribution de notre communauté, avec Centrallia par exemple, on peut voir à quel point la francophonie est essentielle au Manitoba. »
D’ailleurs, la SFM croit qu’une langue officielle devrait être respectée par tous les partis politiques, non seulement pour le bien-être de la francophonie, mais aussi pour celui du multiculturalisme au Manitoba. « Si on ne respecte pas les droits des francophones, comment va-t-on respecter les autres minorités au Manitoba? », se demande Ibrahima Diallo.

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