« Il appartient aux peuples du Sud de décider de leurs richesses, de leurs matières premières et de leur destin ». Dixit Martelly

Le passage du président Martelly à la 66e Assemblée générale des Nations Unies aura été marqué par le leitmotiv du peuple haïtien à prendre son destin en main. Plus d’un pense que le discours fut d’un calibre digne d’un chef d’État agité par tous les désirs de changer le statu quo mais pris au piège par les vieux démons internes, externes du bourbier haïtien. D’autant qu’il en a souligné leur existence sans nécessairement les nommer.

Martelly a réitéré que les pays du Sud se doivent de se doter d’un projet de société authentique prenant en compte leurs aspirations à l’auto-détermination. Que le slogan est fort mais dans quelle mesure la société haïtienne est-elle prête, avec Martelly comme chef d’orchestre, à entrer dans cette nouvelle forme de légitimité. Le pays semble désormais livré aux caprices des grandes nations dont les éditorialistes n’hésitent même pas à commenter ou carrément à rejeter l’idée qu’Haïti devrait avoir sa propre armée. En ce sens, certains journalistes américains n’ont rien caché de la mainmise des USA sur Haïti.

Or l’armée démantelée, par Aristide lors de son retour de l’exil en 1994, demeure une institution reconnue par la Constitution de 1987. On a beaucoup de remontrances à faire à cette armée haïtienne dont les abus d’autorité, la répression aveugle, les nombreux coups d’état sanglants qui ont marqué l’histoire d’Haïti dont le dernier a causé le départ forcé d’Aristide le 30 septembre 1991. Il faut cependant se rappeler que cette armée haïtienne a été sous la solde des États-Unis. Qui donne, ordonne pour citer l’éditorialiste Daly Valet du journal Le Matin qui n’est pas allé par quatre chemins pour stigmatiser le contrôle effréné des Américains dans le devenir d’Haïti.

Tout ce qu’on pouvait reprocher à l’armée haïtienne tient encore aujourd’hui si l’on se réfère aux pratiques éhontées de la police haïtienne en termes d’abus de pouvoir et de la MINUSTAH (Mission de la stabilisation des Nations Unies en Haïti) en termes d’abus de pouvoir, de négligence criminelle (les Népalais ont contaminé l’eau qui a causé le choléra ayant tué des milliers d’Haïtiens et affecté des centaines de milliers selon des rapports scientifiques de plusieurs commissions indépendantes), et récemment de viol collectif de jeunes hommes (dont une vidéo a fait le tour du monde à travers Youtube) par des soldats uruguayens, quand il ne s’agit plus de jeunes femmes. Quelle déchéance pour une nation qui a déjà aidé plusieurs pays de l’Amérique du Sud dont le Vénézuela et les États-Unis à acquérir leur indépendance.

Une armée pour Haïti, certes. Mais une nouvelle armée avec les idéaux de démocratie et de construction d’un État de droit, une armée souscrite aux problématiques de développement du pays. Une armée indigène dans toute l’acception du terme, donc une armée aux frais de la société haïtienne. Une armée au service d’un nouveau projet de société où la mobilité sociale est accessible à tous et où la loi est une pour tous. Qui a intérêt à s’opposer à la fondation d’une telle armée?

Ceux qui voudraient reprendre de la main gauche ce qu’ils ont donné de la main droite, ceux qui ne veulent surtout pas qu’Haïti gère les richesses naturelles de son sol et de son sous-sol, si je fais écho au discours de Martelly aux Nations-Unies, la semaine dernière. Ceux qui n’entendent pas que la diaspora haïtienne aille faire une différence en terre natale.

Une nouvelle armée haïtienne devrait remplacer la MINUSTAH dont le Sénat haïtien vient de signer le retrait progressif à compter de 2012. Plusieurs se disent déçus que ce projet de loi soit passé sous silence dans le discours de Martelly à l’ONU, mais là encore il a peut-être choisi de ne parler de corde dans la maison des pendus.

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