Les Manitobains ont réélu le NPD et son chef Greg Selinger à la tête de la Province, pour un quatrième mandat consécutif. Les analystes de La Liberté commentent les raisons de cette victoire orange.


 

Camille SÉGUY | journaliste

Plus de 57 % des électeurs manitobains se sont rendus aux urnes pour la 40e élection générale du Manitoba qui se déroulait le 4 octobre. Alors qu’après trois mandats néo-démocrates majoritaires consécutifs, plusieurs analystes politiques s’attendaient à une envie de changement de la part de l’électorat, c’est le statu quo qui est sorti gagnant.

Le parti du gouvernement sortant, le Nouveau Parti démocratique (NPD), est en effet ressorti vainqueur de l’élection avec 37 sièges, soit un siège de plus qu’à la dissolution de l’Assemblée législative le 6 septembre dernier. Il est suivi du Parti progressiste-conservateur (PC) avec 19 sièges, soit un de plus que le 6 septembre, et enfin les Libéraux conservent un siège. (1)

« Je m’attendais à une victoire du NPD, mais très serrée, confie l’analyste politique, Mamadou Ka. Ça n’a pas été le cas. La population a choisi le statu quo. On retrouve quasiment les mêmes couleurs de partout, et les batailles annoncées par les médias n’ont finalement pas eu lieu. On prend les mêmes et on recommence. »

Facteurs sociaux

« Les Manitobains ont réélu le NPD car son chef, Greg Selinger, a fait ce qu’on attendait de lui dans la campagne, estime pour sa part l’analyste politique, Mathieu Allard. Il a mis l’emphase sur la santé, qui est l’enjeu numéro un pour la plupart de l’électorat, et il a forcé l’Opposition dans une position réactive sur ce thème. »

Mamadou Ka renchérit que « sur le plan social, de nombreuses petites victoires récentes du NPD, comme le retour des Jets et la construction du nouveau stade des Blue Bombers et du Musée canadien des droits de la personne, expliquent la satisfaction de l’électorat envers Greg Selinger. Face à ça, les gens se sont posé la question de « pourquoi changer? » »

L’analyste en matière d’éducation et de santé, Bathélémy Bolivar, note cependant que des défis sociaux attendent les Néo-démocrates, notamment l’éducation, dont la qualité doit être améliorée et l’image revalorisée, ainsi que la pauvreté. « Il faudra garder un œil sur la fracture sociale pour éviter qu’elle n’empire, prévient-il. J’attends vraiment de voir ce que le gouvernement Selinger fera sur cette question. »

Facteurs économiques

L’économie a aussi été un atout pour le NPD. « Cette élection a montré que l’électorat est satisfait de l’économie manitobaine, affirme l’analyste économique à Manitoba Hydro, Raymond Clément. Sous la gestion du NPD, notre économie va relativement bien et on tire notre épingle du jeu depuis la crise de 2008. Cette bonne gestion explique en partie la réélection de Greg Selinger. Les Manitobains ont confiance. »

Il reste toutefois en alerte pour l’avenir. « L’économie manitobaine est sur la bonne voie avec Greg Selinger comme premier ministre, mais il faut surveiller la dette, souligne-t-il. À 26 % du Produit intérieur brut du Manitoba pour le moment, elle est encore gérable, mais il ne faut pas qu’elle augmente trop. »

De même, il est sceptique quant à la promesse du NPD de résorber le déficit en trois ans. « Avec la sensibilité du NPD aux programmes sociaux, qui l’amènent à investir, et le coût des inondations de 2011, je m’attends à ce que le retour à l’équilibre prenne quatre ou cinq ans », avance Raymond Clément.

Facteur fédéral

Bathélémy Bolivar avance également que la conjoncture au niveau fédéral a influencé le vote manitobain. « Les Manitobains ne voulaient pas avoir de gouvernements conservateurs à tous les niveaux », pense-t-il.

Le criminologue Jean-Claude Bernheim partage son opinion. « Le choix du NPD permet d’éviter de se retrouver dans une convergence conservatrice aux niveaux fédéral et provincial, qui pourrait avoir des impacts sociaux car la philosophie conservatrice préconise moins d’État, donc moins de ressources pour les programmes sociaux », analyse-t-il.

Leur avis n’est toutefois pas partagé par Mamadou Ka, qui croit qu’il y a « assez de facteurs propres au Manitoba, économiques et sociaux, pour expliquer de manière claire la victoire de Greg Selinger », conclut-il.

(1) Les résultats n’étaient pas encore officiels au moment d’écrire ces lignes.

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