La Franco-Manitobaine Pascale Dalcq partage son expérience dramatique du génocide rwandais dans un livre intitulé Et votre joie sera parfaite.

 

LA LIBERTÉ (PRESSE-CANADA)

Pascale Dalcq retrace son passé douloureux et la manière dont elle l’a surmonté dans son livre intitulé Et votre joie sera parfaite.

Jusqu’à peu, Pascale Dalcq n’avait rien d’une écrivaine. Elle avait bien, par le passé, rédigé l’un ou l’autre article pour une chronique religieuse, mais son expérience littéraire s’arrêtait là. « L’idée d’un livre m’a été suggérée par un ami qui connaissait mon histoire, déclare Pascale Dalcq. Il m’a vivement encouragée à l’écrire. « C’est de la folie, c’est hors de question! », lui ai-je aussitôt répondu. »

Toutefois, en raison de l’insistance de son entourage, la résistance de Pascale Dalcq s’est peu à peu levée. « Je me suis rendu compte que j’avais peut-être effectivement quelque chose à partager, exprime-t-elle. L’inspiration finit par venir quand on est poussé dans cette direction. Mon livre, c’est dans la perspective de transmettre un message de vie et d’espoir que je l’ai écrit. »

L’horreur de la guerre

Dans son récit autobiographique, Et votre joie sera parfaite, lancé le 23 octobre dernier, Pascale Dalcq aborde à plusieurs reprises la thématique de la joie. « J’ai découvert cette émotion à 8 ans, en écoutant la 4e symphonie de Beethoven, exprime-t-elle. J’étais très malheureuse à l’époque. Mes parents venaient de se séparer et, souffrant de la situation, j’ai souhaité mourir. J’imaginais que ma mort pouvait être la solution magique pour qu’ils se remettent ensemble. Quand j’ai lu, dans la biographie de Beethoven, que ce dernier était sourd lorsqu’il a composé sa symphonie, cela m’a bouleversée. J’ai compris que la joie était plus forte que tout et qu’on pouvait tous la ressentir, au-delà du malheur. »

Cette sensation, par la suite, n’a cessé de se renforcer dans le for intérieur de Pascale Dalcq, et plus encore après être entrée chez les religieuses. En Belgique d’abord, et puis au Rwanda. « En juin 1993, je suis partie en Afrique, raconte-t-elle. J’ai vécu là-bas une rupture culturelle. Je suis entrée dans un nouveau monde. Cela me plaisait beaucoup, j’étais heureuse aux côtés de mes sœurs rwandaises. »

Un bonheur soudain compromis par la tragédie. « Hélas, un an plus tard, j’ai connu l’enfer, l’horreur totale, l’indicible, confie-t-elle. Les autres religieuses et moi-même avons été piégées dans une embuscade. Pendant plusieurs heures, nous étions certaines que nous allions mourir. Et puis, contre toute attente, nous avons été relâchées. J’ignore pourquoi. Par contre, ce que je sais, c’est qu’à l’intérieur de nous-mêmes, nous étions bel et bien mortes. »

Le désir de disparaître

Pascale Dalcq mettra plus de dix ans pour faire le deuil de son expérience douloureuse. « Au cours des années suivantes, j’ai rencontré plusieurs personnes qui ont survécu à des situations dramatiques, poursuit la religieuse. Toutes sont passées par les mêmes phases et ont ressenti le désir de mourir. Le retour à la vie, après un traumatisme similaire, est très lent. La culpabilité d’être encore en vie alors que beaucoup d’autres ont été tués est grande. Mais quand on a la chance de s’en  sortir, je pense qu’il est important de le partager avec les autres, afin de les aider à surmonter les épreuves, à leur tour. »

Pour se libérer de ses fantômes, Pascale Dalq, en 2004, est retournée au Rwanda. « C’était pour moi une manière de me confronter au passé, de mettre des mots sur ce que j’avais vécu et d’accepter la souffrance que j’avais vécue pour accueillir la vie, malgré la douleur », raconte-t-elle.

Accepter pour avancer

Aujourd’hui, l’écrivaine ressent à nouveau la joie, comme celle ressentie au cours de sa 8e année d’existence. « Quand on est dans l’adversité, on veut s’en sortir, assure-t-elle. Malgré l’impatience, il faut accepter que le traumatisme mette du temps à se dissiper. »

Et votre joie sera parfaite a été publié aux éditions Fidélité. « Il s’agit d’une maison d’édition spécialisée dans la spiritualité, explique Pascale Dalcq. Elle est basée en Belgique, mon pays d’origine. Lorsque je leur ai soumis mon livre, ils ont immédiatement accepté de me publier. Le livre sera donc distribué en Belgique, mais aussi en France et au Canada. »

Enfin, l’auteure tient à préciser que les revenus des livres vendus au Manitoba seront intégralement ajoutés au fonds de rénovation de la Cathédrale de Saint-Boniface. « J’ai reçu ici un accueil exceptionnel et des opportunités formidables, confie Pascale Dalcq. La rénovation de la Cathédrale étant un projet important pour la communauté franco-manitobaine, contribuer à celle-ci est pour moi une façon de remercier ma terre d’accueil pour tout ce qu’elle m’a apporté. »

 

Par Angelika ZAPSZALKA

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