Devant la vive réaction négative de plusieurs devant la nouvelle plaque d’immatriculation bilingue, la majorité anglophone a-t-elle besoin d’être mieux renseignée sur l’histoire manitobaine et des droits de la minorité linguistique?

 

© 2013 La Liberté (Manitoba)
Ginette Lavack-Walters et Greg Selinger dévoilent la nouvelle plaque d’immatriculation bilingue.

 

L’annonce, le 19 février dernier, que les Manitobains pouvaient choisir une plaque d’immatriculation bilingue pour leurs véhicules, a suscité un tollé sur les sites Internet du Winnipeg Free Press et de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC).

« Manitoba is an English province, not a French province or even a Bilingual province », a déclaré un internaute sur le site du CBC, en réaction à la nouvelle. « Unfortunatly, the French community is highly outnumbered by the rest of others. What about a Filipino, Portugal, Mexican. If you forgot where you live, its Canada Eh, English is OUR language (sic) », a déclaré un autre sur le site du Free Press.

D’autres internautes s’en prennent aux coûts associés au bilinguisme, ou accusent le gouvernement Selinger de solliciter l’appui des électeurs francophones.

Pour le politologue Raymond Hébert, auteur de Manitoba’s French-Language Crisis: A Cautionary Tale, la réaction reflète « la tension constante entre la démographie manitobaine et l’histoire et les droits de la minorité linguistique ». « Lorsque le Manitoba a été constitué comme province en 1870, les francophones représentaient la moitié de la population, explique-t-il. Or, en dedans de 20 ans, la population a changé substantiellement à cause de l’Ontario. Ont suivi les vagues d’immigration qui ont transformé davantage le visage de la province. Pourtant, l’histoire des francophones est toujours là, et leurs droits constitutionnels sont toujours en vigueur. »

Même son de cloche chez l’historienne, Jacqueline Blay.

« Les commentaires désobligeants des internautes reflètent une ignorance de l’histoire, soutient-elle. Je déplore aussi le comportement des médias anglophones, qui n’ont pas souligné les raisons d’être de la plaque. Ils n’ont pas parlé des droits linguistiques des francophones, de l’absence du bilinguisme sur les plaques dévoilées en 1996 ou encore du combat francophone qui a directement suivi cet oubli officiel, et qui ont mené au Rapport Chartier. Grâce à cette première “affaire de la plaque”, les francophones ont droit aux mêmes services que ceux du grand public. Nous sommes des contribuables de statut égal à celui des anglophones. »

Tempête dans un verre d’eau?

Selon Raymond Hébert, la controverse découle également du fait qu’on ne peut pas sous-estimer la valeur symbolique d’une plaque d’immatriculation. « C’est puissant, déclare-t-il. Une plaque est plus qu’un morceau de métal. N’empêche que j’estime que la réaction ne sera, en bout de ligne, qu’une tempête dans un verre d’eau. Les francophiles sont nombreux. Nous ne ferons pas marche arrière à l’époque de la crise linguistique des années 1980. »

Jacqueline Blay se dit moins convaincue. « Personne n’a soulevé un tollé lorsque la Province a offert des plaques des Jets ou des Bombers, indique-t-elle. Mais dans le cas d’une plaque bilingue facultative, on a réagi, et avec impunité, par le biais des médias sociaux qui permettent de tout dire. L’incident prouve qu’il y a encore beaucoup de travail en ce qui concerne la sensibilisation et l’éducation de la majorité anglophone. »

La directrice générale du Festival du Voyageur, Ginette Lavack-Walters, qui était présente au dévoilement de la nouvelle plaque, se veut optimiste. « Je suis fière de ma francophonie, déclare-t-elle. Et je suis fière de l’afficher. La plaque, qui arbore le mot “bienvenue”, lance un message à la majorité et aux gens de l’extérieur qui se rendront chez nous. »

Les plaques d’immatriculation bilingues sont disponibles depuis le 25 janvier.

 

Par  Daniel BAHUAUD

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