Éditorial par Jean-Pierre Dubé

 LA LIBERTÉ DU 27 FÉVRIER AU 5 MARS 2013

Qui paie les violons choisit la musique. On le sait, même si on ne sait pas toujours qui paie.

Alors que va débuter le conclave pour nommer un nouveau pape, la presse italienne nous apprend que les orchestres de chambre se multiplient dans les coulisses du Vatican et que le Benoît démissionnaire joue de la lyre en attendant d’entrer au couvent. Dieu lui aurait demandé de se dédier à la prière. Il est déjà millionnaire.

Pendant ce temps, une autre tuile vient de tomber sur l’usine de canonisation pontificale. Il s’agit d’une étude sur la mère Teresa, non pas celle d’Attawapiskat, mais des Missionnaires de la Charité, décédée en 1997 et béatifiée en 2003. Sont remis en cause son traitement des malades, ses liens avec le pouvoir et sa gestion des dons faramineux reçus pour ses œuvres.

Après avoir lu 287 titres sur la bienheureuse, des chercheurs des universités d’Ottawa et de Montréal ont conclu que les croyants ont été bernés et que le Vatican a facilité le processus de béatification pour redorer son image branlante. Un des grands donateurs de la petite sœur des pauvres n’est nulle autre que la famille Duvalier, les dictateurs haïtiens sans doute instruits par des anges.

Il se trouve que Bébé Doc, le dernier en fonction jusqu’à sa fuite en 1986 pour sauver sa peau, est rentré au pays en 2011 pour sauver sa fortune. En 15 ans de régime, Jean-Claude Duvalier aurait fait disparaître des milliers d’opposants et détourné 100 millions $US de fonds publics. On saura dans les prochains jours quelles accusations seront retenues, après une 3e tentative de sa part pour éviter toute procédure.

Entre temps, de riches Américains qui se reposent le dimanche auraient investi secrètement 118 millions $US en huit ans pour discréditer les fondements scientifiques du changement climatique. Selon le Guardian Weekly courant, une compagnie de fiducie américaine a appuyé la mise sur pied de 102 thinktanks pour contester la recherche et polariser l’opinion mondiale sur les questions environnementales.

À partir d’une bicoque en banlieue de Washington, Donors Trust garantit l’anonymat moyennant un don minimal d’un million $ pour promouvoir la ‘liberté’ : absence de réglementation, responsabilité individuelle et libre entreprise. Les mêmes groupes se mobilisent maintenant contre la politique environnementale du président Obama. Le lendemain de son discours sur l’état de la nation, une réfutation point par point de ses propositions tapissait le Web. L’appareil de négation de la part humaine dans le changement climatique est bien huilé.

Que de telles choses se passent en Italie, à Haïti et aux États-Unis, passe encore. Mais au Canada?

Il semble que les modifications radicales à la protection des cours d’eau dans la loi omnibus adoptée en 2012 par le gouvernement Harper sont le résultat d’un lobbying agressif de la part de l’industrie pétrolière. Ce que le mouvement Idle No More avait claironné, la Presse canadienne l’a vérifié grâce à la Loi d’accès à l’information.

Il se trouve que la puissante Canadian Energy Pipeline Association a rencontré des représentants fédéraux en 2011 pour demander non seulement de simplifier les processus d’évaluation environnementale, mais de diluer la Loi sur la protection des eaux navigables. C’est ainsi que 99 % des cours d’eau canadiens ont disparu du radar, limitant la protection à 162 lacs et rivières.

Les Conservateurs ont présenté ce carnage comme une mesure de réduction du déficit. Considérant que le Manitoba affiche à lui seul 100 000 lacs, le nouveau cadre devrait faciliter quelque peu chez nous le passage de pipelines.

Pour comble, l’administration Harper a brisé la loi fédérale en mettant cinq mois pour remettre à la Presse canadienne sa mince réfutation d’un rapport plaçant le Canada au 55e rang mondialement pour ses pratiques d’accès à l’information. Bravo!

 

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