Éditorial par Jean-Pierre Dubé

 LA LIBERTÉ DU 3 AU 9 AVRIL 2013

Pour aller quelque part, il peut être utile de se rendre à la gare : ni le bus, le train ou l’avion ne viennent nous prendre chez nous. Et encore faut-il choisir une destination. C’est complexe quand on parle d’un projet collectif.

Les Franco-Manitobains en ont un peu perdu l’habitude. Et ils viennent de se le faire rappeler. Par les Métis, en particulier ceux du Manitoba qui, depuis dix ans, font d’importants progrès via la gare juridique. Nous vivons dans une société de droit : c’est le joug des minorités de cheminer avec ce passeport en main.

Un autre rappel a été fait récemment par la directrice générale du Programme d’appui aux droits linguistiques (PADL). De passage à Winnipeg, Geneviève Boudreau a rouvert la porte en réitérant que l’article 23 de la Loi sur le Manitoba (1870) enchâsse un statut linguistique particulier par rapport aux autres juridictions.

Les Franco-Manitobains ont en effet carburé pendant 20 ans sur ce statut avec plusieurs causes jusqu’en Cour suprême, grâce aux programmes d’aide fédérale. Mais depuis la création du PADL en 2008, le Manitoba occupe la dernière place au pays avec trois demandes sur les 105 reçues.

C’est que le chat échaudé craint l’eau. Après la crise linguistique des années 1980 comptant un édifice incendié, des graffitis haineux, un referendum perdu et un amendement constitutionnel piétiné comme un drapeau, la communauté s’est retirée pour soigner ses blessures. En espérant tôt ou tard retrouver le goût de voyager.

Au début de mars, on a vu l’impact du jugement de la Cour suprême sur l’article 31 de la loi constitutive, reconnaissant l’échec de la répartition des terres promises. Les Métis ont la tête haute, un sens de dignité et de justice retrouvées. Comme francophones du Manitoba, c’est une justice semblable que nous attendons. Une corde sensible a vibré. Mais comment et quand s’y reprendre?

Peut-être que l’occasion va se présenter. La fusion des petites municipalités demandée par la Province mobilise les administrations bilingues et soulève la question de services en français élargis. La carte des régions désignées en 1998 par la Politique sur les services en langue française vise les municipalités et les services de santé régionaux. C’est essentiellement le même territoire des écoles et des services à l’enfance, du développement économique ainsi que des groupes patrimoniaux, culturels et touristiques.

Devant l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM), le ministre des Administrations locales a avancé l’idée d’une loi garantissant les services en place dans les communautés francophones. Est-ce qu’on se limiterait aux municipalités?

Car il y a une différence entre une loi couvrant les services municipaux et un autre qui inclurait les services provinciaux. Après 15 ans, le moment est-il venu de mettre à jour la Politique et de la remplacer par une loi qui assurerait un niveau de protection élevé? Si elle constitue un excellent départ, la Politique ne peut pas demeurer la réponse définitive à la reconnaissance des droits constitutionnels par la Cour suprême.

Quelle est l’intention du législateur? Que veulent les citoyens? Il serait utile de faire le point sur les leçons de la crise de 1983-1984. Et de comprendre ce qui a changé en 30 ans. Des informations géo-spatiales sur l’évolution de la population bilingue, des services et des institutions aideraient à générer une réflexion collective.

Qu’est-ce qui permettrait de régler l’injustice qui persiste et de donner aux Franco-Manitobains le sens de retrouver définitivement leur place? Bougeons. Un train se présente et c’est peut-être celui qu’on attendait.

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