Éditorial par Jean-Pierre Dubé

 LA LIBERTÉ DU 10 AU 16 AVRIL 2013

De récentes annonces de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) ont semé l’inquiétude au sein du réseau des services de garde francophones. Il y a des apparences de contradiction dans ces nouvelles et une impression de bousculade.

D’une part, la DSFM a averti les services de garde qu’elle manquera d’espace dans les écoles en raison de nouvelles normes provinciales. D’ici trois ans, les classes de maternelle à 3e année devront être limitées à 20 élèves. Par conséquent, elle devra consacrer à l’enseignement des locaux qui accueillent présentement des services de garde.

D’autre part, la DSFM a décidé de lancer pour janvier 2014 un projet pilote de deux prématernelles à temps plein. Quand on comprend que les quelque 20 prématernelles font partie intégrale du réseau de services de garde, on peut se questionner sur les intentions. La DSFM veut-elle écarter les garderies pour faire de la place à ses futures prématernelles?

Pourquoi la DSFM veut-elle intégrer les prématernelles? L’étude des consultants Raymond Chabot et Grant Thornton qui le recommande n’a pas été divulgée malgré les demandes. Quel est le problème? On peut comprendre la réaction du Réseau des directions des services de garde francophones du Manitoba (RDSG). La critique est implicite.

Le 20 mars, des représentantes ont réitéré leurs préoccupations devant les commissaires, rappelant qu’elles sont restées sans réponses au moment des consultations. Le RDSG reconnaît que les parents préfèrent la gratuité de services qui seraient intégrés au système scolaire. Considérons aussi que, faute de financement, l’offre actuelle demeure insuffisante.

Il reste que la perte de prématernelles serait un dur coup pour le réseau de garde déjà fragile. Ce serait une chute de clientèle d’environs 25 %, se traduisant par une baisse équivalente de subventions provinciales et de frais utilisateurs. Or la DSFM évalue à 100 000 $ le coût annuel du projet pilote, que la Province n’a pas l’intention de financer. N’est-ce pas un recul?

Les services de petite enfance au Manitoba reposent sur des expertises remontant à plus de 30 ans. Une formation permanente ainsi que le contact perpétuel avec des familles en évolution assurent une mise à jour de ce savoir. Selon la recherche sur le cerveau, on sait que le jeune enfant est un apprenant prodigieux. Les éducatrices sont formées sur les étapes d’apprentissage par le jeu qui précèdent les années d’enseignement formel. Ça n’a rien d’improvisé.

Si la DSFM entend prendre charge des prématernelles, comment respectera-t-elle les phases de développement de l’enfant : avec quel personnel, quel cadre pédagogique et dans quel environnement? Par exemple, le rapport éducatrice / enfant est plus élevé pour les quatre ans. Et comment répondra-t-elle aux préoccupations des parents pour qui la petite taille du service est synonyme de qualité?

Les prématernelles actuelles ne sont pas adéquates en matière de francisation, qu’on le dise. On pourrait alors renforcer les services en construisant sur les acquis et non en jouant du coude avec les bâtisseurs du réseau.

À l’issue de la présentation du 20 mars, la DSFM a fait savoir qu’elle entend travailler avec les directions des garderies « pour mettre en œuvre les recommandations du rapport… » On est devant un fait accompli.

C’est dommage. On ne devrait pas imposer les solutions.

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