Gracieuseté: Jon Snidal / Manitoba Chamber Orchestra
Roy Goodman au Manitoba Chamber Orchestra

 

Le chef anglais Roy Goodman, qui a été directeur artistique du Manitoba Chamber Orchestra de 1999 à 2005, était de retour à Winnipeg le 2 avril pour diriger un concert reprenant presque intégralement le programme du premier concert du MCO il y a quarante ans. Organiste et violoniste Roy Goodman a consacré sa vie à la musique comme interprète et chef d’orchestre, se spécialisant en musique baroque mais sans mépriser la musique d’autres époques et la musique contemporaine, ayant dirigé la création d’une quarantaine d’oeuvres.

Roy Goodman était très heureux de diriger ce concert dont “le programme éclectique, typique du MCO, se promène entre diverses époques, parfois joyeux, parfois triste, tout en conservant un fil conducteur qui unifie l’ensemble”, a-t-il dit à l’auditoire qui remplissait l’église Westminster United. Il a mis tout son savoir-faire et son coeur pour offrir une prestation musicale d’une beauté sublime.

Il a disposé l’orchestre d’une manière inhabituelle, plaçant les premiers violons à gauche, les seconds à droite et les instruments graves au centre. Cela donnait une sonorité plus claire et une meilleure expression du jeu spécifique des pupitres de violons, surtout dans les passages dialogués, les basses soutenant la mélodie entre les deux comme un centre de gravité. Goodman dirigeait devant un clavier électronique dont il a joué dans deux pièces. Il a expliqué qu’à l’époque baroque les musiciens se réunissaient fréquemment dans des salons particuliers pour faire de la musique pour la famille et quelques amis, certains apportant leurs propres compositions. Il y avait souvent un piano dans la maison autour duquel tous se rassemblaient. C’est cette familiarité et cette intimité que Goodman a voulu reproduire dans son interprétation des oeuvres de Paganini et Rossini inscrites au programme.

Cette disposition des instruments n’explique pas à elle seule la beauté extraordinaire de la musique que nous avons entendue. Roy Goodman, dont les yeux pétillants et le sourire communicatif expriment une joie profonde qu’il réussit à communiquer aux musiciens, nous a démontré ses grandes qualités de chef dans toutes les oeuvres présentées au cours de ce concert, entraînant l’orchestre dans de  superbes exécutions. Goodman développe les phrasés avec une grande éloquence, insistant sur une articulation et une accentuation précises.  Il donne du mouvement à la narration et de la fluidité aux liaisons.

La Suite pour cordes du Temps de Holberg d’Edward Grieg, qui ouvrait le concert, est un hommage à l’auteur norvégien Ludvig Holberg, surnommé le “Molière du nord”, pour célébrer son 200e anniversaire en 1884. C’est une musique qui s’inspire du style baroque de la musique de contemporains de Holberg, comme Bach, Handel et Scarlatti et qui fait place aussi à un rappel de ses origines norvégiennes dans le rigaudon final. Le quatrième mouvement, Air, a été interprété comme une saisissante supplication, intense et émouvante.

La soprano Tracy Dahl est ensuite venue chanter Les Illuminations, une suite poèmes extraits d’un recueil éponyme d’Arthur Rimbaud, composés alors qu’il n’avait pas encore 20 ans, mis en musique par Benjamin Britten qui en avait 26.  Rimbaud rejetait le conformisme, exprimant librement ses visions et embrassant absolument la modernité. Sa poésie n’était pas conventionnelle et était parfois même provocante. Britten a composé une oeuvre accessible en choisissant des poèmes dont les mots pouvaient être mis en musique dans une forme classique en respectant les règles de l’harmonie tonale. Dahl et Goodman en ont donné une magnifique interprétation. Mme Dahl a joué avec les mots avec beaucoup d’assurance et une diction presqu’impeccable, même dans les passages les plus difficiles. Elle a trouvé le ton juste et l’expression émotive pertinente pour chacun des poèmes. Goodman a infusé une grande musicalité à l’accompagnement, maintenant toujours un parfait équilibre entre la voix et l’orchestre. Les solos de violon ont été très bien joués par Mary Lawton, qui a remplacé à pied levé Karl Stobbe, appelé d’urgence à Vancouver.

Roy Goodman a modifié le programme du premier concert du MCO en substituant deux des oeuvres présentées alors par le Concerto pour hautbois en la mineur de Vivaldi et Such Sweet Sorrow de John Estacio.

Le Concerto pour hautbois a été interprété par Caitlin Broms-Jacobs, hautbois solo du MCO. Ce fut une autre exécution impeccable. Diriger tout en jouant la partie de clavecin au clavier électronique n’a aucunement empêché M. Goodman d’obtenir la même qualité de jeu à l’orchestre. Madame Broms-Jacobs a très bien joué, démontrant de grandes qualités musicales et traversant sans problème les passages les plus difficiles.

Une commande de la CBC pour le MCO, Such Sweet Sorrow a été créé par M. Goodman le 7 février 2001. M. Estacio a composé cette oeuvre alors qu’il venait de vivre de grands bouleversements dans sa vie personnelle. Il écrit à ce sujet: “Cette pièce est un requiem personnel et mélancolique pour la vie que je venais de laisser derrière moi. Cette commande m’a donné la possibilité de composer mon propre adagio lyrique pour cordes, une occasion unique car je compose surtout pour de grands orchestres.” M. Goodman en donné une interprétation très émouvante, avec de superbes solos de Mary Lawton, violon, Daniel Scholz, alto et Desiree Abbey, violoncelle.

Le concert s’est terminé par la Sonate pour cordes no 3 composée par Rossini à l’âge de 12 ans, que Goodman a dirigée en jouant au clavier. Ce fut encore un enchantement. On reconnaît déjà dans cette oeuvre le style lyrique et dramatique du futur compositeur d’opéras que Goodman a très bien fait ressortir.

 

Manitoba Chamber Orchestra

Le mardi 2 mars 2013, Église Westminster United

Roy Goodman, chef

Tracy Dahl, soprano

Caitlin Broms-Jacobs, hautbois

 

Suite pour cordes du Temps de Holberg, op 40,  Edward Grieg

Les Illuminations, op. 18, Benjamin Britten

Concerto pour hautbois en la mineur, RV 463, Antonio Vivaldi

Such Sweet Sorrow, John Estacio

Sonate pour cordes no 3 en do majeur, Gioachino Rossini

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