Royal Winnipeg Ballet
Gracieuseté Royal Winnipeg Ballet

L’oeuvre du chorégraphe Jorden Morris, Moulin Rouge, créée en 2009, revient sur la scène de Winnipeg après dix tournées triomphales dans 35 villes nord-américaines qui ont attiré plus de 110 000 spectateurs. La première a eu lieu le 1 mai 2013.

Légèrement remaniée depuis sa création et enrichie d’un solo expressément conçu pour les adieux de Vanessa Lawson qui prend sa retraite, Moulin Rouge est un spectacle éblouissant, alliant l’intensité dramatique du ballet classique et la joyeuse frivolité de la danse de cabaret.

L’action se déroule à “la belle époque” du tournant du XXe siècle, sur la place Blanche, au pied de la Butte de Montmartre, à Paris. Petit peuple des ouvriers et ouvrières, artistes peintres, dont Toulouse Lautrec, bourgeois, hommes d’affaires, femmes élégantes et étrangers de passage s’y côtoient. La place est dominée par le célèbre cabaret Le Moulin Rouge, dirigé par Charles Zidler. Homme d’affaires redoutable au caractère libidineux, il recrute ses danseuses parmi les pauvres ouvrières en leur faisant miroiter des heures de gloire dans ce qu’il avait surnommé “le Premier palais des femmes”. S’étant follement épris d’une de ses danseuses, il la tuera en tentant d’assassiner le peintre dont elle est amoureuse, au moment où ils quittent le “palais” pour échapper à son emprise.

Tous les éléments de ce ballet concourent à en faire un régal du début à la fin: les décors magnifiques, conçus par Andrew Beck et mis en lumière par Pierre Lavoie, qui évoquent les lieux sans chercher à les reconstituer, créent les ambiances appropriées à chaque scène; la musique, qui puise à diverses sources, est interprétée avec passion par un Orchestre symphonique de Winnipeg en grande forme sous la direction de Tadeusz Biernacki; les costumes aux couleurs flamboyantes de Shannon Lovelace et Anne Armit sont magnifiques; la chorégraphie de Jorden Morris raconte l’histoire avec clarté et beaucoup d’émotion, et évoque les spectacles de cabaret avec beaucoup de piquant et d’humour.

Mais ce sont les danseurs qui donnent de la vie et du sens à cette extraordinaire production. À la première, Jo-Ann Sundermeier et Dmitri Dovglselets interprétaient les rôles de Nathalie, la jeune recrue dont d’éprend Zidler et de Mathieu, jeune peintre protégé de Toulouse Lautrec. Ils ont exprimé avec beaucoup d’intensité les différents états d’âme qui les affectent au cours des événements. L’interprétation de Sundermeier est superbe lorsqu’elle tente de prendre sa place parmi les danseuses du Moulin Rouge et dans sa confrontation avec La Goulue (Sophia Lee) qui défend sa place de première danseuse jusqu’à ce qu’elle chute, vaincue par Nathalie qui continue ses pirouettes sans faiblir. Elle est pleine de vérité dans sa résistance aux avances de Zidler (Eric Nipp). Dovglselets est tout aussi impressionnant dans son duel au pinceau avec Toulouse Lautrec (Yosuke Mino) et dans ses affrontements avec Zidler. Leur pas de deux sur un pont de Paris est rempli de tendresse. La scène de la mort de Nathalie est dansée avec une émotion poignante. Yosuke Mino et Eric Nipp caractérisent leurs personnages de Lautrec et Zidler avec beaucoup de conviction.

Vanessa Lawson interprète la Muse de Lautrec. C’est alors qu’elle attend Lautrec dans son studio pour lui faire ses adieux avant de quitter Paris que Lawson danse son solo d’adieu. Dans ses remerciements au public de Winnipeg, Mme Lawson écrit: “La dernière scène que je vais danser pour vous aujourd’hui est insérée dans Moulin Rouge – Le ballet, mais c’est en fait tout simplement mon histoire. C’est une histoire toute simple, dansée sur une simple pièce de musique. Entendre cette musique pour la première fois m’a rappelé le vif souvenir de mes trois ans. Cela m’a donné le goût de danser dans mon salon. Ce dernier personnage que je partage avec vous, c’est tout simplement moi, la musique à pleine force, les yeux fermés, dans mon salon. C’est la plus grande intimité que je peux partager avec vous en ce moment ”. Ce fut en effet un grand moment d’intimité et d’émotion, qui s’est poursuivi dans un sublime pas de deux avec Lautrec, où l’on a senti la profonde amitié qui unissait le peintre et sa muse, comme celle de Mme Lawson avec son public.

Moulin Rouge ne serait pas complet sans les scènes de cabaret. Ces scènes sont parfaitement réussies, évoquant avec beaucoup de subtilité l’atmosphère de ces lieux. Les scènes se déroulant dans les coulisses nous font sentir la misère de ces jeunes femmes asservies, à qui maquillages, paillettes et froufrous donnent une apparence de gloire bien éphémère, et qui sont contraintes de se donner en spectacle pour plaire à une clientèle avide de se rincer l’oeil. Pendant les spectacles, les valses, polkas et cancan sont dansées avec entrain et une joyeuse complicité par le corps de ballet.

Moulin Rouge – le ballet est à l’affiche jusqu’au 4 mai à 19:30 h. et le 5 mai à 14:00 h. à la Salle de concert du Centenaire de Winnipeg.
 

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