Éditorial par Jean-Pierre Dubé

 LA LIBERTÉ DU 12 AU 18 JUIN 2013

L’adoption unanime par le Parlement canadien du projet C-419 de la néo-démocrate Alexandrine Latendresse, le 5 juin, semble être passée inaperçue. Et c’est dommage. C’est la bonne nouvelle qui assurera la nomination de personnes bilingues aux dix postes-clé de commissaires du Parlement.

Il s’agit du vérificateur général, du directeur général des élections et des commissaires aux langues officielles, à la protection de la vie privée, à l’information, au conflit d’intérêt et à l’éthique, à l’intégrité du secteur public, au lobbying, aux droits de la personne ainsi de la fonction publique.

Ces hauts-fonctionnaires ont été mis à contribution plus que d’habitude par l’administration de Stephen Harper. Et la question se pose : dans quelle langue se tiendront les rencontres du groupe de soutien des commissaires parlementaires? Plusieurs auront besoin de parler de stress post-traumatique. On connaît dans ces situations l’importance de s’exprimer dans sa langue première.

Prenons le cas du directeur des élections, Marc Mayrand. Depuis le scrutin de 2011, il a enquêté sur les appels robotisés répandus un peu partout au Canada par les conservateurs dans le but de confondre les électeurs libéraux. La stratégie du Parti conservateur (PC) a donné d’excellents résultats : une majorité en Chambre, une amende symbolique et une tape sur les doigts.

L’équipe Mayrand s’est aussi promenée dans les rues de Saint-Boniface pour examiner les bancs publics, les poubelles et contenants de recyclage. Il s’est avéré que le logo du PC y était bien en évidence avant et après le déclenchement des élections de 2011. Le coût de ces publicités devait donc être comptabilisé dans le rapport de la candidate Shelly Glover.

L’an dernier, le PC a été reconnu coupable d’avoir camouflé des dépenses partisanes lors du scrutin de 2006, grâce à des pratiques comptables douteuses avec ses sections locales. Une autre tape sur les doigts. L’enquête aura coûté quelque 2 millions $ aux contribuables. Il semble que le blanchissage des larrons multiplie les occasions.

Chaque fois, le directeur général a dû faire face à l’avocat Arthur Hamilton, choisi par le premier ministre pour défendre les écarts de ses troupiers. Le maître emberlificoteur avait qualifié le procès contre les appels robotisés de complot pour discréditer les conservateurs.

Pourquoi la députée Glover a-t-elle besoin des services de Me Hamilton? L’ancienne policière a abusé de son statut de députée sortante. Elle refuse de reconnaître son erreur de jugement et de simplement payer l’amende? Faisons une collecte à Saint-Boniface et payons les 2 000 $! Mais ce n’est pas une question d’argent. Elle a demandé aux tribunaux d’entendre sa défense tordue.

Et voilà le problème : le parti au pouvoir embauche un cabinet juridique pour combattre systématiquement un commissaire du Parlement.

Même le président conservateur des Communes, supposément neutre, refuse de suspendre les fauteurs comme le demande le directeur des élections, conformément à la Loi. C’est d’autant plus scandaleux que cette décision n’est pas du ressort d’Andrew Scheer mais de la Chambre elle-même.

Ces tentatives d’intimidation de haut niveau pour frustrer les efforts des commissaires du Parlement ne sont pas nouvelles. L’administration Harper temporise, nie l’accès à l’information, réduit l’opposition au silence, congédie les opposants et conteste les commissaires à toutes les occasions, comme dans le cas de Kevin Page. L’officier du budget a démissionné en mars après avoir frappé le mur du secret des conservateurs. Le premier ministre a aussi ordonné la suspension de l’examen de son commissaire à l’éthique sur le scandale du Sénat sous prétexte que la GRC enquêtait.

Voici un chef de gouvernement utilisant tous les moyens pour s’imposer au pouvoir. L’entourage du contrôleur en chef Harper est composé de ministres et de fonctionnaires programmés pour exécuter ses commandes à distance et en silence. Memo, robot, dodo. La députée de Saint-Boniface serait en lice pour faire partie de cette équipe ministérielle. Elle gagne ses épaulettes.

On a grandement besoin de nos dix commissaires du Parlement, les anti-robots les plus efficaces en attendant des élections. Et ils ont besoin de notre soutien, dans les deux langues.

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