La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 10  juillet 2013

Ce qui est frappant quand on entre dans le Vieux Saint-Boniface en soirée, c’est l’impression que le couvre-feu a été déclaré. Même le weekend en été quand il fait beau.
Comment ça se fait?

La démographie : un quartier d’aînés, d’étudiants universitaires, de jeunes familles, de célibataires, d’artistes et d’assistés sociaux? Les habitudes : à 20 h, les enfants sont au lit et les autres sont devant un écran de téléphone, d’ordinateur ou de télé? La criminalité : chacun a peur de sortir et s’enferme à double tour? La peur des moustiques, des ratons-laveurs, des camions sur le boulevard et des souteneurs dans les ruelles?

Deux récentes rencontres des citoyens ont montré que les résidants sont préoccupés par la qualité de vie du quartier. Celle du 27 juin convoquée par le chef de police de Winnipeg visait à engager les citoyens dans la lutte contre la criminalité. Et un comité de résidants a spontanément été mis sur pied à partir de la prise de conscience que oui, on peut contribuer à la sécurité autrement qu’en devenant invisible.

L’autre était une réunion publique de l’Association des résidants du Vieux Saint-Boniface (ARVSB) sur la question des loisirs dans le quartier, en particulier sur le réaménagement du parc Provencher. Parmi les 80 suggestions faites le 29 mai, un consensus émerge sur un nouveau centre sportif comprenant une patinoire et un terrain de soccer.

Ce type d’établissement se situerait toutefois au-delà du mandat de l’ARVSB de revitaliser les loisirs. Une arène d’une dizaine de millions de $ peut servir aux sports organisés, mais quelle est sa valeur communautaire? Qu’est-ce qu’on peut faire avec l’aide de 200 000 $ offerte par la municipalité?

Selon le compte-rendu publié cette semaine, les participants avaient d’autres idées : parcours piétonniers, jardins collectifs, verger public, marché agricole, par exemple. L’écologie sociale serait le dénominateur commun de ces suggestions. Elles rejoignent le concept de “la santé de la population” qui passe entre autres par une prise de conscience qu’on peut, à l’intérieur d’un milieu identifié, améliorer nos conditions de vie.

Qu’est-ce qu’un quartier en santé? C’est un milieu où se fait une promotion active de l’activité physique en plein air sous toutes ses formes autour d’installations conviviales facilement accessibles à pied.

La vision d’un tel quartier est organique : les loisirs ont un impact sur la santé, la vie socioculturelle, l’éducation et la sécurité. C’est un milieu où l’environnement est aménagé en fonction de réduire les incidences de pollution, de maladie, d’accident et de criminalité. Où sont établis des espaces de convergence favorisant le jeu et la socialisation informels en présence de résidents de plusieurs générations.

Un minimum de structures de loisirs suffit dans ce nucléo. On doit y trouver des tables et bancs, une buvette, une cantine d’alimentation saine et les essentielles toilettes. On pourrait créer un tel lieu de chaque côté du boulevard Provencher.

Les résidants sont-ils prêts à prendre possession du quartier français en se manifestant ensemble dans l’espace public? La présence aux deux rencontres demeure encourageante. La tâche de l’ARVSB est de construire sur l’appétit exprimé en continuant d’informer et de consulter sur les prochaines étapes. Elle devrait sans tarder proposer au résidants une démarche intergénérationnelle visant la prise de décision sur les orientations du plan de loisirs.

Ce serait construire des conditions favorables de mobilisation pour la mise en œuvre qui permettrait, un bon soir, de lever le couvre-feu.

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