La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 21 août 2013

Le commissaire aux langues officielles ne voyage pas à l’étranger cet été tant il est occupé sur le front domestique. Graham Fraser a sans doute pris connaissance des promotions de la Commission canadienne du tourisme (CCT) encourageant « les consommateurs de haut rendement » de voyager en sol canadien. Officier de haut rendement, il a visité une cour suprême, un ministère des Affaires étrangères et une agence fédérale.

Et il s’est peut-être senti comme un étranger dans son propre pays.

Pour la deuxième fois au début août, le commissaire a remonté les bretelles du ministre John Baird, le sommant d’abandonner sans tarder ses cartes d’affaires unilingues. Lors d’un évènement public en 2011, le ministre dénoncé avait vendu aux enchères une de ces fameuses cartes, question de montrer qu’elles prenaient de la valeur. Le chef de la diplomatie voyage-t-il uniquement dans l’anglophonie? A-t-il au moins une carte bilingue dans sa manche?

La semaine dernière, Graham Fraser a mis le doigt devant le nez des défenseurs de l’unilinguisme des juges à la Cour suprême. Après enquête, il découvre que les responsables de recommander des candidats n’ont aucune idée de la disponibilité de juges bilingues au pays et de leurs compétences linguistiques. La ministre des Langues officielles, Shelly Glover, a nié encore récemment la possibilité d’un bassin adéquat, répétant le credo officiel.

En mars, Patrimoine canadien a glissé dans la Feuille de route pour les langues officielles 2013-2018 une mesure controversée : 120 millions $ pour l’apprentissage linguistique d’immigrants économiques. Il s’avère que l’apprentissage de l’anglais par un nouvel arrivant, par exemple au Manitoba, n’a rien à voir avec l’appui aux minorités officielles. Mais le fédéral n’a pas donné suite aux drapeaux rouges.

Même résultat à la CCT. Après 14 plaintes d’hebdos en milieu minoritaire, Graham Fraser a remis la Commission au pied du mur pour avoir limité aux grands quotidiens en 2009-2010 une promotion nationale incitant les Canadiens à voyager localement. Dans un récent rapport, il rappelle l’obligation des institutions fédérales de publier dans les deux langues partout au pays.

La négligence fédérale envers les journaux francophones est fréquente et faite en toute impunité, occasionnant d’importantes pertes de revenus. Mais la justification de la CCT a mis le feu aux poudres : cette campagne visait seulement le consommateur « dont la durée de séjour et le niveau de dépense sont les plus élevés ».

Le lecteur en milieu minoritaire serait un touriste de bas étage? On manque d’imagination à la CCT. Selon Léger Marketing, le plus important groupe du lectorat de La Liberté (22 %) se situait en 2010 dans la plus haute tranche de revenu familial annuel, soit plus de 100 000 $.

Le scandale, c’est que l’administration fédérale ne défend pas les langues officielles. L’officier du Parlement est encore une fois, comme nous, traité en intrus.

 

 

 

 

 

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