La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 18 septembre 2013

Sous l’œil vigilant de son mari, une femme vêtue du tchador (long vêtement couvrant le corps et la tête mais laissant le visage ouvert) descend dans la piscine, jetant la consternation autour d’elle. Une nappe noire l’entoure.

Plus tard au resto principal du all inclusive, sous l’œil exorbité des convives, une femme en tenue de plage (trois triangles miraculeusement tenus en place par des ficèles) fait son entrée et prend place avant de se faire éconduire discrètement.

Leur visage, entrevu dans un hôtel de Sharm el-Sheikh sur la mer Rouge, qui s’en rappellera?

Avec la mobilité, la guerre et l’immigration, l’Est heurte l’Ouest tous les jours. Des extrêmes sont manifestes et juxtaposés. Le port du voile intégral se propage en Europe et en Amérique après la flambée de l’intégrisme en Orient, comme la barbe longue rendue célèbre par les talibans.

À l’autre bout du registre se trouve la nudité quasi intégrale célébrée par des vidéoclips de musique rap hop. Dans une récente édition de Blurred Lines de Robin Thicke, trois hommes très habillés chantent en compagnie de poupées topless. C’est une version commerciale du rapport glorifié entre les mâles prédateurs et les nubiles collégiennes ayant fait la manchette de la rentrée universitaire.

Les Européens ont été les premiers à encadrer la présence musulmane, choqués par des récits de barbarie envers les femmes provenant des pays d’origine. Avec le plus haut taux de population islamiste (7,5%), la France a interdit le port des couvre-chefs religieux dans les écoles (2007), la fréquentation de la piscine publique en vêtements musulmans (2009) et le port du voile intégrale en public (2011). Avec un taux de 6% de musulmans, dont 22% à Bruxelles, la Belgique s’est alarmée en 2012, suivant l’intention proclamée d’une éventuelle imposition de la loi islamique.

La neutralité suisse sur la question risque de changer sous peu. Le Canton italophone du Tessin est le premier à proposer l’obligation de découvrir le visage en public. Selon les sondages, un referendum confirmera l’appui populaire le 22 septembre.

En 2011, la population musulmane s’élevait à 0,6% aux États-Unis et à 1,9% au Canada. Au Québec, 82 % des résidents étaient de souche chrétienne, 12% sans affiliation religieuse, 3,1% de tradition musulmane et 1,1% d’origine juive.

C’est dans ce contexte que le Parti Québécois (PQ) a présenté le 10 septembre sa Charte des valeurs québécoises. En fier héritier de Dollard des Ormeaux, le ministre Bernard Drainville a lancé un baril de poudre qui risque de retomber de son côté de la palissade. Le projet vise l’interdiction aux employés de l’État de porter des symboles religieux ostentatoires, incluant la kippa juive, la croix chrétienne et le foulard musulman.

Mais quelle serait la légitimité d’une loi qui ciblerait quelques milliers de Montréalais affichant très visiblement leurs croyances?

Il est clair que le PQ mobilise l’électorat pure laine en vue d’une éventuelle majorité électorale et référendaire. On prend les adorateurs de la Sainte-Flanelle par les sentiments au moment où commence dans la foi la saison de hockey. Mais la Charte est aussi contestée dans la rue par des souverainistes qui souhaitent construire une société distincte incluant la pluraliste Montréal.

Le port du masque est-il interdit dans les manifs? Le chandail du Canadien? Le sac en papier brun?

La taille des symboles religieux est un indicateur du degré de fanatisme des porteurs. Ils sont rarement dangereux, tel ce Franco-Manitobain ayant monté une croix d’une dizaine de mètres chez lui en banlieue de Winnipeg. Ce qui dérange autant que le prosélytisme, n’est pas la supériorité morale? Un péché sans être un crime, le fanatisme, comme le ridicule, ne tue pas souvent.

Pour ce qui constitue un danger public, il y a des protections dans la loi et des solutions dans l’éducation. Ce n’est pas facile, mais on peut rester calme, apprendre à vivre avec les frustrations et construire sur des accommodements réciproques et respectueux.

À l’aéroport égyptien, les moniteurs d’infos sur les vols diffusent des vœux de Merry Christmas sur des bye-bye de Santa Claus. Humm… La tuque rouge?

 

 

 

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