Laurent Poliquin est l'auteur du recueil de poésie Le maniement des larmes.
Laurent Poliquin est l’auteur du recueil de poésie Le maniement des larmes.

L’univers de la poésie francophone a accueilli, fin septembre, un nouvel ouvrage dans ses rangs : Le maniement des larmes. Un recueil de Laurent Poliquin,; venu faire écho aux habituelles inquiétudes et déchirements qui transparaissent dans les vers des poètes.

Si Laurent Poliquin est philosophe de formation, il n’en demeure pas moins un poète invétéré. Avec la parution de l’ouvrage Le maniement des larmes, aux Éditions des Plaines fin septembre, ce passionné de la langue française signe son septième recueil de poésie.

Une œuvre écrite d’une traite, au cours de cinq journées où l’inspiration devenait jaillissement et prenait forme à travers le tracé franc de la plume. Cinq journées d’un poète bercé par la nature et intrigué par les mots qui se bousculaient dans son esprit. Pour cet enseignant de français de l’Université du Manitoba, les poèmes semblent être organiques, dotés d’une vie propre. À leur manière, ils grandissent et évoluent dans l’ombre de l’écrivain. « La vie que nous menons a un impact indéniable sur l’écriture, explique Laurent Poliquin. Mes premiers poèmes étaient plus sensuels car ils faisaient écho à une période pleine de passion. À certains moments, ils se sont faits plus engagés, plus politiques. Avec Le maniement des larmes, c’est la nature autour de moi qui m’inspire. »

Double je

Mais si ce recueil s’inscrit dans la lignée des nombreux classiques du genre, c’est avant tout parce qu’il vient réhabiliter la figure du poète habité, de l’homme communiquant à un esprit invisible. Ce recueil est en effet autant de la poésie qu’une réflexion sur la poésie, des vers qu’une interrogation sur l’écriture de ces vers. D’une certaine façon, le poème se regarde et le poète contemple un autre que lui. « C’est l’écriture qui dicte le poème, souligne Laurent Poliquin. Je suis confronté à des images, à des sensations et à des mots qui s’imposent à moi, sur lesquels je n’ai pas de contrôle. C’est comme si une autre entité à l’intérieur de moi écrivait le poème. Il y a une relation spirituelle qui se crée avec un autre que soi. » Le temps de l’écriture, le poète devient ainsi cette figure schizophrénique, spectateur bien plus qu’acteur des mots qui jaillissent sur les pages blanches, comme s’ils venaient d’un ailleurs incontrôlable, d’un autrui soudain éveillé.

Au-delà de cette relation spirituelle que le poème met en jeu, c’est aussi avec le lecteur qu’il communique. « La poésie n’a rien à voir avec le roman, affirme Laurent Poliquin. La construction n’est pas claire, elle peut sembler beaucoup plus obscure. Même si j’essaie de rester simple, de ne pas noyer le lecteur dans la complexité, celui-ci devra travailler pour comprendre le sens de mes vers. C’est ce qui fait la beauté du genre, il y a un dialogue qui se crée entre le poème et le lecteur. »

Négocier la poésie

Et si Le maniement des larmes n’est paru qu’au mois de septembre, il s’inscrit toutefois dans la même lignée que le recueil Marchand d’intensité, paru en 2012. « Les deux ouvrages ont été écrit au cours de la même période et auraient pu en constituer un seul », reconnaît Laurent Poliquin. Alors pourquoi ce choix de le séparer en deux? La réponse ne se fait pas attendre. « C’était une question pratique, avoue l’écrivain. Les éditeurs sont déjà timides à publier de la poésie, alors un recueil de 250 pages… Ça aurait été difficile à faire passer. Il faut bien comprendre que ce n’est pas parce qu’on a déjà publié que nos éditeurs acceptent systématiquement toutes nos propositions. »

« Et puis, ce que nous leur proposons est invendable, reconnaît-il avec humour. On sait très bien que ce n’est pas ça qui va nous faire manger. On écrit davantage pour soi que pour le lecteur au fond, pour le plaisir de créer et de donner le meilleur de soi-même. Pour reprendre les propos de Cyrano de Bergerac, « c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ». La poésie n’apporte rien et c’est ce qui fait que c’est précieux. »

Chloé LE MAO

1 COMMENTAIRE

  1. Je suis très décue de l’utlisation du terme « schizophrenie » dans ce contexte. Ce n’est pas un mot à utiliser comme adjectif, mais une maladie dont souffre environ 1 dans 100 canadiens. Des utilisations comme ceci ne servent qu’à renforcer les stéréotypes négatifs.

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