Daniel Lafrenière.
Daniel Lafrenière.

Pour le Canada, la Guerre de Corée était une participation dans la lutte contre le communisme international. Or, pour Daniel Lafrenière, il s’agissait d’une aventure à la fois irrésistible et terrible.

Lorsque la Guerre de Corée a été déclenchée, le 25 juin 1950, par l’invasion de la Corée du Sud par les soldats communistes de la Corée du Nord, Daniel Lafrenière « languissait » à Saint-Boniface.

« L’idée de passer toute ma vie dans mon quartier, sans avoir pleinement vécu, m’était intolérable, déclare le natif de Saint-Jean-Baptiste. Je n’étais pas motivé par des considérations idéologiques, bien que j’estime que le communisme international représentait une menace à la démocratie. Avant tout, je voulais me prouver. »

C’est ainsi, que le Franco-Manitobain s’est retrouvé simple soldat du Deuxième bataillon de l’Infanterie légère canadienne de la Princesse Patricia (PPCLI), une des plus célèbres unités militaires de l’histoire canadienne.

Lorsque Daniel Lafrenière a débarqué en Corée, en octobre 1951, il était adjoint de l’officier médical de la Compagnie Dog du bataillon. « Mon rôle n’était pas de me battre avec les troupes, mais de me tenir près du médecin, au cas où il aurait besoin de moi, raconte-t-il. En plus de mes armes, je portais des pansements, seringues de morphine et autre équipement médical. »

En octobre 1951, la PPCLI s’était déjà engagée dans de terribles batailles dans le sud de la péninsule coréenne, lorsque les communistes se sont presque emparés de tout le pays. En avril, lors de la célèbre, mais sanglante bataille de Kapyong, la PPCLI, appuyée de soldats Américains et Australiens, a repoussé les forces communistes vers le Nord de la péninsule, permettant ainsi aux troupes des Nations Unies de reprendre le terrain perdu et de pénétrer au nord du 38e parallèle, la frontière originelle divisant les deux pays.

Impasse sanglante

« La guerre a continué pendant encore deux ans, bien qu’aucune des armées ait réussi à faire des gains importants par la suite, rappelle Daniel Lafrenière. Cette impasse était toutefois bien sanglante.

« J’ai subi mon baptême du feu la nuit, poursuit-il. Le lendemain matin, un de nos soldats, un gros gaillard de Winnipeg, a été tué par une bombe qui avait atterri au beau milieu d’un tas de grenades. Son corps était difficile à contempler. »

Le Franco-Manitobain se souvient également d’une autre bataille, où le bataillon était censé se lancer à l’assaut d’une colline, et ce dès l’aube.

« Il a fallu 90 minutes pour que toutes les compagnies soient prêtes, raconte Daniel Lafrenière. Lorsque nous étions finalement parés pour le combat, il faisait plein jour. Au cours de la bataille, le major Swinton m’a indiqué qu’un lieutenant Cormier était gravement blessé. En le cherchant, je me suis trouvé sous l’assaut d’armes légères. J’ai senti deux balles filer très près de ma tête. Mais j’ai réussi à repérer le lieutenant. Une balle avait traversé sa joue alors qu’il avait la bouche ouverte. Il était blême et s’étouffait dans son sang, qui coagulait dans sa bouche. J’ai dû enlever le sang, qui ressemblait à une boule de gélatine. Après quoi j’ai pu l’aider à sortir du choc.

Daniel Lafrenière en 1951.
Daniel Lafrenière en 1951.

« Le combat est une expérience des plus arbitraires, poursuit-il. Je n’avais pas été touché, mais le lieutenant était gravement blessé. Près de moi, un soldat de Winnipeg avait la jambe percée, mais il avait été très chanceux, puisqu’aucune artère n’avait été touchée, et le projectile avait traversé sa chaire. Quand je l’ai aperçu, il était assis confortablement à fumer une cigarette. »

Daniel Lafrenière dit également avoir vu plusieurs Canadiens « à deux doigts de craquer ».

« J’essayais de soigner un ennemi chinois blessé par une grenade, raconte-t-il. Mais on m’a appelé pour soigner un des nôtres, un soldat dénommé Gifford. À mon retour, le Chinois était mort. Un des nos soldats de Sudbury a flanqué deux balles dans sa dépouille. Gifford était tellement choqué par cette cruauté gratuite qu’il voulait tuer l’Ontarien.

« J’ai également vu un soldat refuser de participer dans une attaque, poursuit-il. Le commandant du bataillon, le colonel Jim Stone, s’est vu obligé de le menacer de son arme pour le faire avancer. Je ne blâme pas notre colonel, parce qu’au combat, la panique est toxique et peut se répandre comme le feu. »

En outre, plusieurs soldats stressés réclamaient les seringues de morphine que portait Daniel Lafrenière. « Je leur ai toujours refusé cette porte de sortie très dangereuse », explique-t-il.

Si le Franco-Manitobain a connu la cruauté et la misère de la guerre, il dit avoir également vécu des moments de profonde humanité et de grande beauté. « Un soldat chinois, caché dans un trou de tirailleur, s’est rendu à moi, raconte-t-il. Et j’ai pu lui offrir une boîte de jambon et de fèves. Il était affamé. L’interprète m’a indiqué qu’il était simple fermier, qui avait été conscrit à peine un mois auparavant. Je n’oublierai jamais son grand sourire de reconnaissance.

« Et je n’oublierai jamais le moment sublime où, caché dans un trou, j’ai pu lever mon regard à la fin d’une escarmouche, pour apercevoir une jolie toile d’araignée décorée par la rosée du matin, suspendue entre les branches d’un arbuste. Je conserverai cette image paisible, et cet émerveillement ressenti devant un tableau de la nature, jusqu’à mon dernier jour. »

Daniel BAHUAUD

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