La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 8 janvier 2014

On dit que la spiritualité, la quête de sens, commence là où s’arrête la connaissance de la nature. Mais que savons-nous au juste?

La Bibliothèque de l’Université Harvard réunit dans 73 édifices la plus grande collection de livres académiques au monde, avec plus de 16 millions de volumes. Pour la perspective, la National Security Agency (NSA) des États-Unis récolte toutes les 15 minutes autant de données de surveillance que le contenu entier de cette bibliothèque. Est-ce que c’est utile?

Le corps d’un adulte humain comprend plus de 200 milliards de kilomètres de brins de la molécule d’acide désoxyribonucléique (ADN) contenant le code génétique. Cette molécule ne date pas d’hier, elle voyage depuis des milliards d’années. Selon l’anthropologue Jeremy Narby (1), l’ADN est « une biotechnologie ancienne de haut niveau contenant plus de cent mille milliards de fois plus d’information par volume que nos appareils de stockage d’informations les plus sophistiqués ».

Mesurant dix atomes de large et deux mètres de long, l’ADN s’enroule à l’intérieur de chaque cellule. Comment se peut-il que, organique, il soit miniaturisé à la limite extrême de l’existence matérielle? Environ 3 % de sa composition est connue.

Lorsque la plus petite cellule, le spermatozoïde, rencontre la plus grande, l’ovule, il y a fécondation. Le transfert des données nécessaires au développement et au fonctionnement d’un nouvel être humain se fait au grand complet.

Et après, à quoi sert l’ADN? Selon de nouvelles recherches, il sert à alimenter les rêves. Chaque nuit, au plus profond du sommeil, l’individu puiserait dans son code génétique unique pour se réinitialiser et s’orienter. L’ADN serait le noyau de l’univers intérieur.

Selon l’auteur Tobie Nathan (2), l’adulte rêve moins que l’adolescent, qui rêve encore moins que l’enfant. Le bébé rêverait le plus : il doit apprendre et tout intégrer, non seulement le monde mais aussi son identité.

« Les premières périodes de la vie sont celles de la mise en place de structures complexes, qui deviendront contenants pour des contenus à venir, explique l’ethnopsychiatre. Les six premiers mois, le nourrisson intègre la langue en tant que structure, il parlera plus tard, vers deux ans. Il pourrait parler dès le sixième mois – il connaît déjà la langue -, mais chaque parole dite avant l’intégration du système entier est perte d’énergie. »

Les 24 premiers mois ne sont pas une période d’inconscience. C’est au contraire la phase-clé du développement du cerveau. La capacité d’apprendre une, deux ou plusieurs langues, par exemple, atteint son apogée entre deux et trois ans. Elle est déjà en recul quand l’enfant arrive à quatre ans. La trajectoire de toute une vie d’apprentissage est fixée : il faudra vivre avec.

Un bon départ devient très avantageux quand on sait, comme l’a déclaré en 2013 l’Organisation de coopération et de développement économique, que les compétences sont la nouvelle monnaie. Cette réalité justifie l’urgence de fournir des informations cruciales aux parents soucieux de l’avenir de leur enfant et de la société, désireux de soutenir l’actualisation identitaire au milieu de la diversité.

Enfants en santé Manitoba a comblé un manque critique en établissant un mécanisme systémique pour identifier les enfants à risque dès la naissance, comme ceux de la minorité linguistique nationale. Le formulaire de dépistage mis en place dans les hôpitaux depuis un an permet de contacter les parents et de les informer de pratiques pour renforcer l’apprentissage en bas âge.

Cette démarche rappelle que, pour l’avenir de la planète, la petite enfance demeure l’investissement qui rapporte le plus. C’est durant cette période qu’il faut stimuler l’enfant, lui parler beaucoup, sur tous les tons et en autant de langues que possible, le laisser rêver et découvrir le monde.

En ce début de 2014, souhaitons-nous santé, bonheur et… curiosité!

(1) Narby, Jeremy ; Le Serpent cosmique : l’ADN et les origines de la connaissance, Georg, 1995
(2) Nathan, Tobie ; La Nouvelle interprétation des rêves, Poches Odile Jacob, 2013.

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