«Tout sentiment est complexe, même s’il semble simple au départ, lance l’un des auteurs-compositeurs-interprètes du trio country The Crooked Brothers, Matt Foster. La douleur peut être teintée d’une certaine joie, et vice versa. Il faut respecter cette ambiguïté, surtout en chanson. »

Matt Foster en plein concert. Physique.
Matt Foster en plein concert. Physique.

On n’aura qu’à faire tourner les trois plages de Postcard, le récent minidisque des Crooked Brothers, pour trouver des exemples frappants de ce respect pour l’ambiguïté des sentiments. (1)

À première vue, ces chansons – If I Had Known, There Ain’t No One et I Think I Need to be Alone – semblent exprimer une grande peine d’amour. Mais…

« La musique rythmée, teintée de soul de type Motown, porte à taper du pied ou même à danser, souligne Matt Foster. Elle invite l’auditeur à accepter qu’il y a peut-être une certaine douceur dans la rupture des relations intimes décrites dans les chansons. Bien sûr, c’est douloureux, voire même déchirant, mais en même temps, quand on apprend à lâcher prise du passé et de tous les regrets qu’on peut associer à ce passé, c’est libérant. C’est aigre-doux, comme la vie. »

« J’aime que la musique semble contredire les paroles, ajoute à son tour un autre membre du trio, Jesse Matas. Les deux registres vont dans deux directions opposées, et créent une tension intéressante. On est interpellé à accepter la complexité des émotions, à les explorer davantage, et à découvrir d’autres points de vue. »

Le troisième disque des Crooked Brothers, Postcard s’est avéré une invitation aux musiciens de s’ouvrir aux contributions de leurs collègues.

« Lorsqu’on a enregistré notre premier album, Deathbed Pillowtalk, chaque musicien avait écrit ses propres chansons, explique Matt Foster. Le trio ne faisait que les interpréter. Ce n’est que rendu au deuxième album, Lawrence, Where’s your Knife? que nous nous sommes vraiment mis à nous écouter les uns les autres, et à collaborer pleinement comme un groupe uni par une même direction musicale. En préparant notre troisième album, qui sera lancé cet été, nous avons établi un équilibre entre les deux approches. Chacun apporte ses chansons, mais on fait confiance en nos collègues pour y contribuer de façon signifiante. Pour ça, il faut garder l’esprit ouvert, et mettre son égo de côté. »

Également mises de côté : les trois plages de Postcard.

« Thématiquement, elles s’agençaient mal à l’album, indique Jesse Matas. Maais elles étaient toutes aussi solides sur le plan musical et textuel. Nous ne voulions pas tout simplement les jeter au rancart. L’idée nous est venue de les offrir sous forme de carte postale musicale. »

Pour prolonger le thème d’un petit billet aigre-doux, les Crooked Brothers offrent des cartes postales aux gens qui téléchargent le minidisque. « On vous envoie une carte postale, que vous pouvez envoyer à vos amis et parents, fait remarquer Jesse Matas. La carte postale permet à celui qui la reçoit de télécharger l’album. C’est pas mal cool. »

« C’était aussi une façon pour nous d’appuyer des artistes visuels originaires de Winnipeg, poursuit Matt Foster. Les cartes postales reproduisent des toiles de Caroline Mousseau, de Jenny Ritter et de Kyle Schurmann. Jesse Matas a également contribué un petit chef-d’œuvre de son propre cru! »

 
(1) On peut télécharger Postcard au site Internet crookedbrothers.bandcamp.com, à partir du 5 mars.

Daniel BAHUAUD

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