La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 17 septembre 2014

Les conservateurs fédéraux ne sont pas forts sur la métaphore. Il n’est pas certain qu’ils apprécient que la capitale de l’or noir, Calgary, ait traversé un enfer blanc : une tempête de neige de trois jours au début septembre. Il n’y a, après tout, aucun lien entre l’industrie pétrolière et le changement climatique.

Il n’est pas certain qu’ils voient l’ironie d’un Stephen Harper s’extirpant la tête du sable (bitumineux) le temps de plonger dans le Détroit de Victoria. Pour trouver un Union Jack déchiqueté flottant sur le mat d’un voilier ayant sombré en 1846 et affirmer la souveraineté du Canada.

Pourquoi cette fascination du premier ministre pour le bateau de Franklin? Cherche-t-il une nouvelle vocation pour le passage du Nord-Ouest tout à coup libéré par la fonte des glaciers? Et pour transporter quoi? Pas du bitume? C’est vrai que le transport ferroviaire et le pipeline transcontinental, ça n’avance pas tellement.

Qu’espère-t-il faire remonter avec les images de l’épave de l’expédition manquée? Sa navette électorale ferait surface après avoir navigué longtemps sous la ligne de flottaison dans les sondages? Ses chances de réélection n’augmenteraient-elles pas davantage s’il se pointait en homme grenouille à la rivière Rouge pour trouver les dépouilles de femmes autochtones?

Il doit sommeiller au fond de notre chef d’État l’âme d’un explorateur assoiffé de connaissances et affamé de nouvelles évidences sur la nature de la nation. Se cache-t-il au fond de l’eau quelque indice sur l’identité canadienne, un grand exploit qui sera révélé tout à coup dans la coque jonchée des restes d’une dernière cène partagée entre moribonds?

Le premier ministre incarne-t-il le nouvel Alberta autophage, décrit par la sociologue de la littérature, Dominique Perron, de l’Université de Calgary? Serait-il le nouveau riche aveuglé par ses convictions qui se mange lui-même, « détruit son propre territoire, endommage sa propre démographie et cause des dommages à sa réputation, tout ça pour tenir une économie qui demeure toujours instable et qui dépend du prix du pétrole »?

Ou incarne-t-il plutôt le nouveau Canadien cannibale, inspiré par l’absolue nécessité des hommes de Franklin de survivre jusqu’au dernier? Serait-il l’insatiable pouvoir exécutif qui dévore les officiers du Parlement au petit déjeuner, la Communes le midi et le Sénat pour souper, se gardant la Cour suprême pour le snack de fin de soirée?

On a vu en 2014 le premier ministre ignorer le jugement de la Cour suprême, accuser le tribunal d’usurper les prérogatives du Parlement et la juge en chef d’avoir tenté d’influencer la nomination d’un juge. Beverley McLachlin a gentiment écarté les attaques, se montrant digne de ses fonctions, et déclaré cet été qu’il fallait tourner la page.

Le premier ministre a-t-il retiré ses propos? Pas même un petit rot. Il veut être seul au sommet de son Everest inversé, cherchant le couronnement au fond du baril océanique.

La rentrée parlementaire s’annonce déterminante pour l’avenir immédiat des grandes institutions fédérales. Les prochaines nominations à la Cour suprême et au Sénat indiqueront si le pouvoir exécutif continuera à gruger l’équilibre. Et si Stephen Harper continuera à foncer entre les icebergs comme un désespéré vers les abîmes.

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