La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 15 octobre 2014

«Pour être franc, je pense que tout le monde s’accorde pour dire que la démarche actuelle ne fonctionne pas, mais nous ne savons pas vraiment ce que nous devons faire. »

Rapporté par le Globe & Mail, ce propos sur le contrôle des drogues fut prononcé au Sommet des Amériques de 2012 par nul autre que le premier ministre Stephen Harper. Il sert d’avant-propos d’un énoncé de l’Association canadienne de santé publique (ACSP).

La Nouvelle démarche de gestion des substances psychotropes illégales au Canada (mai 2014) propose une approche explicitée en préambule par la National Drug Control Policy de la Maison-Blanche. « La réforme de la politique liée aux drogues doit s’appuyer sur les neurosciences et non sur les sciences politiques. Il doit s’agir d’une question de santé publique et pas simplement de justice pénale. »

Ainsi continue l’ACSP : « Les substances psychotropes ont été utilisées pendant toute l’histoire de l’humanité, lors de rituels spirituels et religieux et à des fins médicinales ainsi que pour des raisons personnelles et dans le cadre d’interactions sociales par des proportions importantes des populations. L’interaction humaine avec ces substances s’étend de l’abstinence à un large spectre d’usages : bénéfiques à non problématiques, potentiellement nocifs et usages à l’origine de troubles. »

En bref, les stupéfiants ne constituent un problème que dans la relation que l’on entretient avec elles. Ça sert à quoi de stigmatiser producteurs et consommateurs ‘normaux’? De plus en plus d’états reconnaissent l’inutilité de la guerre anti-drogue. Le président Barack Obama a simplement arrêté d’appuyer la prohibition globale. Que fait Stephen Harper?

Le premier ministre n’affiche pas la même impuissance face à la prostitution que pour la drogue. La loi a été invalidée en 2013 par la Cour Suprême. Mais au lieu de se conformer, le gouvernement a durci le ton dans son projet C-36 déposé en juin.

Pour la première fois, la prostitution deviendrait illégale au Canada. La promotion, la sollicitation et l’achat de services seraient criminalisés et les peines augmentées.

Comme la drogue, la prostitution remonte à des temps immémoriaux et il est impossible de l’enrayer.

Mais des alternatives existent. Les autorités suisses, par exemple, qualifient de succès l’ouverture en 2013 d’un sex drive-in à l’extérieur de Zurich, sous la protection de la police, des services sociaux et de santé. Les prostituées travaillent à leur propre compte et paient des impôts.

Une société responsable encadre les conditions d’exercice (lieux et services) entre adultes consentants et criminalise l’exploitation et la violence. Elle traite la dépendance comme un défi de santé publique et soigne le consommateur vulnérable. Elle agit sur les déterminants de la santé afin de prévenir les inégalités sociales dès la petite enfance.

En 1993, l’ACSP songeait à élaborer une politique sur la prostitution. Mais la recherche était insuffisante pour appuyer une approche de santé publique. Les choses ont changé, selon l’organisme, qui entend publier un énoncé en novembre.

En attendant, Stephen Harper pourrait admettre que la démarche actuelle ne fonctionne pas et retirer son projet de loi. Mais pas question : il a déjà élaboré le scénario de ses prochaines confrontations avec la Cour suprême.

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