La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 22 octobre 2014

Ça fait 25 ans que je n’ai pas voté, susurre un résident de l’Est. À l’époque, une réunion mensuelle de la Seine River School Division se passait dans un gym avec les commissaires face à un barrage de caméras et 250 francophones brandissant des pancartes.

C’est vrai qu’on allait voter. En masse. Parce qu’on devait élire quelques militants pour avancer. Ça prenait une génération pour obtenir l’école et une autre pour la garderie.

Mais depuis qu’on a la gouvernance scolaire, on ne vote plus. On a gagné le droit mais perdu son exercice. Pourquoi? Quoiqu’on en dise, ce n’est pas par manque d’électeurs, mais par manque de candidats. Et pourquoi on en manquerait?

On gère nos écoles et ça nous gêne. On dirait qu’on a laissé nos cerveaux et nos tripes au vestiaire. On se battait contre les Anglais et on a décidé de ne pas se battre entre nous. Tout est sous contrôle.

Les Don Quichotte ont été remplacés par les Sancho Panza du classique de Cervantes. En 1994, on leur a dit : vous autres, les vieux qui n’avez plus d’enfants dans le système, pas besoin de voter, restez à maison et fumez votre pot tranquillement ou occupez-vous d’autres moulins à vent – il y a développement économique et services de santé à revendiquer.

Où sont passés les débats qui ont généré l’énergie pour obtenir la gouvernance? Ils ont été remplacés par une construction de belle harmonie entre les défenseurs de l’image. Cela doit cesser. On doit se permettre de se chicaner si on veut grandir ensemble.

Mais la Division scolaire franco-manitobaine a adopté progressivement et jusqu’à tout récemment le modèle en vigueur à Ottawa : le contrôle obsessif des communications. La loi d’accès à l’information était quasiment la seule voie d’accès. On ne pouvait parler à une enseignante, une direction ou à un commissaire sans passer par Big Brother.

Il reste que la participation est fonction de la stratégie de communications. La gouvernance n’est-elle avant tout le déploiement d’un processus de partage du pouvoir par la gestion de technologies de l’information? Les élus ont le mandat d’informer. Même dans une DSFM affichant les résultats scolaires les plus faibles de la province la moins performante. Ce partage est l’indispensable outil de conscientisation et de mobilisation. Pour voter, mettons.

On doit s’alarmer quand tous les candidats ou presque sont élus sans concurrence. Mais ce n’est pas une raison pour ajouter des électeurs au compte-goutte en accordant le droit de vote au chat de la bru du deuxième mari de l’ancienne voisine de mononcle Oscar. Simplifions par l’inclusion.

En écartant certains conjoints de fait dans la nouvelle liste électorale, la DSFM s’est montrée plus catholique que le pape. Elle ne tient pas compte de la redéfinition de la francophonie.

Il suffirait de pouvoir se pointer le jour du scrutin avec une ou deux cartes d’identité, comme au fédéral. Même les vieux militants et les nouveaux arrivants et conjoints. Et de jurer solennellement sur une copie de La Petite poule d’eau de Gabrielle Roy qu’on a la communauté francophone à cœur.

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