La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 12 novembre 2014

Le tout premier guichet unique de la trinité des services gouvernementaux (urbains, provinciaux et fédéraux) nous a permis depuis 2002 de se péter nationalement les bretelles. Mais nous voilà les culottes à terre.

Faute de demande suffisante, Service Canada fermera son comptoir au 614, Des Meurons. Autant brûler un drapeau franco-manitobain.

Qu’allons-nous faire? Boycotter les services fédéraux? Envahir les bureaux sur Des Meurons pour gonfler la demande et faire mentir les statistiques? On n’a pas de chiffres sur la fréquentation du 614. On les obtiendra peut-être par la loi d’accès à l’information, mais il n’est pas certain qu’on trouvera de bonnes nouvelles.

Qui est en charge? On n’a pas vu venir. Notre bras politique, la Société franco-manitobaine (SFM), semble pratiquer l’improvisation. On perd souvent parce qu’il n’y a pas de plan de match. Qui va nous aider?

La députée fédérale? La ministre du Patrimoine et des Langues officielles ne défend ni langue ni héritage, mais les coupures. La société évolue, selon Shelly Glover : « Les gens se déplacent moins pour obtenir des services ».

Le député provincial? Il est inutile de compter sur l’appui moral du premier ministre Greg Selinger, luttant pour sa survie politique. L’opportunité d’une Loi sur les services en français durant son mandat s’est aussi évaporée.

Le Sénat? On cherche secours dans la démarche pour amender la Loi sur les langues officielles afin de la rendre inclusive de la nouvelle francophonie. Le résultat serait la bonification de l’offre aux minorités. Mais l’adoption du projet de la sénatrice Maria Chaput reste utopique, étant donnée l’opposition des conservateurs.

Le commissaire aux Langues officielles? Il y aura certes des plaintes. Graham Fraser connaît bien Service Canada, un grand délinquant à qui il a consacré tout un rapport en mars. Il a enfin accordé de bonnes notes à l’agence pour son cadre de responsabilisation en matière linguistique et l’évaluation du rendement du personnel bilingue.

Le commissaire s’est aussi réjoui de la création d’un mécanisme de surveillance pour les régions « afin de mesurer périodiquement la qualité des services fournis dans les deux langues officielles et de produire des rapports sur les résultats ». Mais il a déploré l’absence de mesures pour consulter les communautés en situation minoritaire « afin de connaître leurs besoins particuliers en ce qui a trait aux programmes et aux services offerts ». La puce ne s’est pas rendue à l’oreille.

Le tribunal? Le recours juridique est l’instrument suprême. Grâce aux contestations de Georges Forest et de Roger Bilodeau il y a 35 ans, des services en français ont été obtenus. Mais la perspective de passer des années en litige n’est pas réjouissante. La SFM y songe. Mais où trouver des fonds pour poursuivre le fédéral : à Patrimoine canadien? Graham Fraser serait le seul ayant le mandat et les fonds pour une telle démarche.

Faut-il alors se mobiliser? Les jeunes constituent le groupe démontrant les meilleures capacités de ralliement. Mais s’ils ne demandent pas d’être servis en personne, pourquoi s’acharner? On peut faire beaucoup avec un portable.

On n’en a pas marre de se défendre? Nos solutions sont usées. Peut-être devons-nous arrêter de protéger nos arrières et prendre les devants.

La francophonie sur la planète a cru de 7 % de locuteurs depuis 2010. Si on veut avoir une place, écoutons les jeunes et laissons-nous porter par l’avenir qui s’ouvre.

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