La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 14 janvier 2015

 

On a tenté de l’anéantir, mais Charlie Hebdo n’est pas mort.

Aucun journaliste n’a été tué ces dernières années en sol occidental. Et soudainement, le 7 janvier, dix sont frappés en pleine conférence de rédaction du mercredi au centre de Paris.

La peur est physique, viscérale. Elle nous rappelle que la fatwa décrétée contre nous, les infidèles, est universelle.

Depuis, on est devenus plus solidaires. Les libres vont se battre, clame-t-on, ce n’est pas en tuant des journalistes qu’on va empêcher la liberté d’expression.

Nous vivons une escalade de la terreur. Nos chefs politiques devront de nouveau expliquer comment ils comptent empêcher la barbarie en tuant davantage de terroristes. N’avons-nous pas mené des croisades qui ont engendré leur multiplication? On est dans la bonne vieille justice de l’œil pour œil et de dent pour dent.

Pas question de renforcer les déterminants de l’égalité sociale. On parle de restaurer la peine capitale!

Comment en sommes-nous arrivés là? La rapacité de certains gouvernements, groupes extrémistes et grandes sociétés est en voie de transformer la planète en cimetière et dépotoir à ciel ouvert. Ils érigent l’invérifiable en doctrine et nous prennent pour des esclaves. On est de moins en moins à rire et de plus en plus à se prendre au sérieux.

Qui n’a pas peur de critiquer le gouvernement? Nous craignons de perdre notre financement. Nous acceptons d’être démembrés à condition de continuer à vivoter. Et nous voilà en arrêt de développement. Est-ce étonnant que l’instrument communautaire obtenant le moins d’appui – dans tous les sens du terme – est celui de la presse indépendante?

Mais qui est prêt à souffrir ou à mourir pour ses idées? Qui défendra les critiques, les caricaturistes et les éditorialistes? Plus les milieux sont petits – dans tous les sens du terme – moins on tolère la liberté d’expression. En ne voulant choquer personne, on finit par n’avoir presque rien à dire.

En démocratie pourtant, la liberté de parole doit être protégée à tout prix parce qu’elle fonde tous les autres droits. L’irrespect dans le domaine public est essentiel. L’obscurantisme doit être dénoncé et ridiculisé. La presse doit être férocement irrévérencieuse et, encore plus par les temps qui courent, inconditionnellement laïque.

De nombreuses voix se sont étouffées. Mais pas toutes. On n’a qu’à penser au caricaturiste de La Liberté. Cayouche s’applique chaque semaine à nous faire des clins d’œil si ce n’est à nous balancer un coup de sabot à la bonne place.

Il y a aussi des journalistes et des lecteurs qui mettent les mains au feu. Nous sommes Charlie. Nous sommes Liberté. Nous pouvons faire notre part pour décrire ce monde souvent ridicule et parfois horrible.

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