La Liberté ÉDITO

Par Jean-Pierre Dubé

@jeanpierre_dube

La Liberté du 11 février 2015

« Temps gris, bruine verglaçante. Une journaliste de la SRC et un caméraman dans le stationnement. Petite entrevue. Charles Leblanc, William Caithness et moi sommes entrés dans le bureau de madame Glover. Elle n’était pas là. Nous avons remis la pétition à un réceptionniste qui a fait attention de bien noter nos noms. Il a signé un reçu. Poignées de mains. On est ressortis dans la bruine verglaçante. »

L’activiste Bertrand Nayet a ainsi commenté sur Facebook le dépôt, le 19 décembre, d’une pétition de 834 signatures contre la fermeture des bureaux de Service Canada à Saint-Boniface. Le moment transpire l’abandon dans un monde hostile et sombre.

Service Canada planifiait en douce depuis 2014 la fermeture du premier guichet unique du pays, rue Des Meurons, réunissant les services bilingues des trois ordres de gouvernements. La Liberté jetait un pavé dans la marre en dévoilant la manœuvre dans son édition du 5 novembre.

La députée de Saint-Boniface avait confirmé la nouvelle et défendu la décision avec conviction. Le gouvernement veille à offrir, selon elle « le meilleur rapport qualité-prix pour les contribuables ». Et hop les droits et symboles!

La réaction avait été vive, unanime et soutenue. Mais que pouvait-on espérer de Service Canada, un des pires délinquants en matière de langues officielles dans la mire du commissaire fédéral? Il est difficile pour une minorité provinciale d’embarrasser Ottawa. La Société franco-manitobaine a menacé de poursuivre.

Et puis retournement de veste sans pareil, le 5 février. Ce n’est pas Service Canada ni le ministre responsable Jason Kenney, mais Shelly Glover qui annonce le maintien du comptoir dans un courriel à la rédaction. C’est le moment des applaudissements.

Car l’autre bonne nouvelle, c’est que la ministre responsable des Langues officielles a défendu… les langues officielles. « J’ai partagé les préoccupations des membres de ma communauté avec le ministre responsable pour Service Canada afin d’assurer que des consultations exhaustives avec les communautés de langue officielle soient menées. »

On comprend qu’un tel revirement puisse se produire. L’élue conservatrice aurait-elle consulté dans son comté et ne serait plus assurée de battre le libéral Daniel Vandal lors des élections prévues cet automne? Le vote francophone est minoritaire dans Saint-Boniface, mais il compte.

L’important, c’est que la communauté ait trouvé une recette pour se défendre où chacun joue son rôle. Les ingrédients : les médias informent et dénoncent, le public écrit des lettres et les poètes font circuler des pétitions, la SFM exerce des pressions, l’opinion nationale est réveillée et la députée donne le coup de grâce. Le timing : une année d’élections.

N’a-t-on pas réussi en 2011 à sauver le bureau de poste du boulevard Provencher? Ce dénouement avait suivi une intervention musclée du député provincial et premier ministre Greg Selinger, quelques mois avant le scrutin fédéral de mai. Pendant un an, Shelly Glover avait répété qu’elle ne pouvait rien faire, que Postes Canada était indépendante. Comme Service Canada?

C’est un bon moment pour soumettre des idées. Faire de la politique, ce n’est peut-être pas réservé qu’aux politiciens.

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