Par Bernard Bocquel

La Liberté du 15 avril 2015

Ils étaient douze membres de la Société historique de Saint-Boniface, réunis au Centre du patrimoine pour un café citoyen. Six femmes et six hommes qui pour la plupart pensaient à leurs enfants, voire leurs petits-enfants.

Tous parlaient en sachant que leurs propos, enregistrés pour être utilisés par les chercheurs de l’Université de Saint-Boniface, resteraient anonymes. Encore que la plupart auraient sans doute accepté de répéter leurs opinions au journaliste-éditorialiste présent afin d’être cités.

Pendant plus de deux heures les participants, que réunissait aussi un vif intérêt personnel pour l’histoire, s’efforcèrent de répondre au questionnaire standard des cafés citoyens. Un questionnaire dont l’objectif est de « tracer notre avenir ». Le vocabulaire utilisé pour formuler les quatre questions de rigueur destinées à stimuler les interrogations était familier à tous. Il est question « d’attachement à la langue française », du « sentiment d’appartenance », de valeurs, de valorisation, de « plus grands défis », ou encore « d’épanouissement continu de la francophonie manitobaine » et de rêve pour 2035.

Les réponses des uns, les perspectives des autres sur le casse-tête de la transmission du français, les inquiétudes d’autres encore, les envies d’exprimer des vérités personnelles, de partager des convictions, d’affirmer des points de vue apportaient de l’eau au moulin des participants. Une énergie circulait. Impossible de ne pas se sentir stimulé quand s’impose le sentiment que chaque personne donne le meilleur d’elle-même.

Plus la discussion avançait, plus il devenait évident que les douze personnes représentaient chacune à sa manière une facette unique de la francophonie manitobaine. Une facette à la fois unique et en constante évolution, car nous les humains sommes tous liés. Non seulement liés comme Manitobains pris dans le courant des affaires canadiennes, mais liés aussi comme Canadiens obligés d’embrasser ou de subir les gigantesques forces qui s’exercent sur nos sept milliards de congénères, encore si mal unis sur notre pays à tous, la Terre.

Dans l’ordre des grands enjeux qui dominent l’avenir du Monde, de la pollution folle jusqu’au bourbier des terrorismes, que peuvent bien valoir les volontés d’individus qui désirent la poursuite du rêve « en français au Manitoba »? La réponse est sans équivoque : elles valent beaucoup. Car ces volontés intimes font nécessairement appel à ce qu’il y a peut-être de plus précieux chez l’humain : sa dimension morale. Autrement dit sa force intérieure, qui s’exprime par l’exigence de s’élever.

Et c’est bien de gens pleinement conscients des forces de l’esprit dont une société comme la société manitobaine a d’urgence besoin. Nous sommes plus que jamais malades des énormes difficultés qui accablent les exclus de toutes sortes et tout spécialement les Autochtones.

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