La Liberté ÉDITO

Par Bernard Bocquel

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La Liberté du 07 octobre 2015

Le 24 octobre 2013, lorsque Raymonde Gagné se présente au micro pour proposer à l’assemblée générale annuelle de la Société franco-manitobaine la tenue d’États généraux, tout le monde voit dans la native de Saint-Pierre-Jolys la très respectée rectrice de l’Université de Saint-Boniface.

Dans notre petit monde où il n’est jamais facile de se mettre en avant, surtout avec la volonté affichée de changer les choses, le courage de Raymonde Gagné était réel. Le profil de celle qui a pris la parole au nom d’un groupe de personnes désireux de relancer la francophonie manitobaine s’est encore considérable rehaussé, ayant depuis obtenu l’Ordre du Canada, l’Ordre du Manitoba et le Prix Riel.

Une triple reconnaissance qui à chaque fois a permis, à travers sa personne, de souligner le rôle remarquable que les femmes jouent, en particulier dans le monde associatif, au Manitoba français. Il est clair que le sens de l’engagement communautaire des femmes les a menées à prendre une place forte dans l’aventure du bilinguisme manitobain.

Pour toutes ces raisons, il est heureux que le nom d’une femme, modeste par surcroît, soit attaché à l’élan originel de ces États généraux dont la première étape, la tenue de cafés citoyens, s’avère un incontestable succès. En premier lieu par le nombre de participantes (les femmes sont majoritaires) et de participants.

Et en deuxième lieu parce que le comité organisateur, avec somme toute des moyens financiers assez limités, a réussi sa mission : remettre aux chercheurs de l’Université de Saint-Boniface un échantillonnage satisfaisant des diverses facettes de la francophonie manitobaine.

Ainsi Danielle de Moissac, la professeure en sciences expérimentales qui dirige l’équipe de chercheurs, est sûre qu’il sera possible de bien représenter ce que pensent les francophones actifs. Ou, exprimé autrement, et peut-être plus justement, il sera possible de bien cerner la volonté des gens qui refusent de renoncer à leur part de vie en français dans leur province natale, leur terre d’adoption ou tout simplement dans cette société des Prairies où ils sont de passage.

Le portrait complet du potentiel de vie française au Manitoba devrait être disponible vers la fin du mois de mars. C’est à ce moment-là que se jouera une étape essentielle des États généraux.

Car les buts principaux de cet exercice participatif sont la formulation de recommandations et la mise en place d’un plan d’action dont la mise en œuvre devra être évaluée annuellement. Une compagnie d’experts basée à Ottawa travaillera à établir des priorités, qui seront discutées lors d’un forum qui devrait se dérouler entre la fin avril et la mi-mai 2016.

De la volonté qui sera alors exprimée par les participants (les femmes seront-elles à nouveau majoritaires?) devra naître ce qu’il est convenu de nos jours d’appeler un « plan stratégique », et voilà encore quelques années un « plan global ». Ce Grand Plan sera sans doute à l’ordre du jour de l’assemblée générale annuelle de la SFM d’octobre 2016.

Dans cette perspective, il paraît évident que l’intérêt principal de l’assemblée générale annuelle du jeudi 15 octobre 2015 sera la composition du conseil d’administration de l’organisme, dont l’ambition centrale est d’être le porte-parole de la francophonie manitobaine.

Une vocation dont la légitimité nécessitera une adéquate représentativité des diverses dimensions de la part bilingue du Manitoba. À cet égard, le résultat des élections au CA sera particulièrement significatif. En fait plus que jamais, si l’on veut bien admettre que la francophonie manitobaine traverse actuellement une période historique de son histoire.

Pour la quasi-totalité des postes, des élections seront nécessaires, avec un choix de candidats historiquement élevé. Un phénomène d’évidence lié aux États généraux. Il est vrai que l’absence d’élections aurait cette fois introduit un grave et incompréhensible décalage entre la réelle popularité des cafés citoyens et l’existence même de l’organisation dont la plus sûre raison d’être du moment est de voir à une conclusion crédible aux États généraux. (voir pages A14 et A15)

Au-delà de la question de la représentativité au CA de la SFM, il reste d’ores et déjà à souhaiter que les futur(e)s élu(e)s soient de la trempe d’une Raymonde Gagné. Des gens ouverts d’esprit, capables d’être à l’écoute d’idées nouvelles et à même de placer l’intérêt commun avant toute chose. Qui plus est, des personnes courageuses qui ne craignent pas d’agir. Le vrai leadership étant conditionnel à cette exigence.

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