La Liberté ÉDITO

Par Bernard Bocquel

la-liberte@la-liberte.mb.ca

La Liberté du 16 mars 2016

L’  initiative, baptisée Jour J/Toi, Moi et Nous , est venue de l’Accueil francophone. Une première remarquable tenue le samedi 12 mars, un autre de ces jours dont la Nature a le secret en accordant aux Winnipégois une température record.

Le but de la journée, décidée voilà trois mois, était de faire se rencontrer, par le biais d’ateliers axés sur le côté pratique de la vie, au moins une centaine de personnes âgées de 15 à 30 ans. L’ambition était d’accueillir au gymnase ouest de l’Université de Saint-Boniface autant de gens enracinés au Manitoba que de Manitobains venus de l’Afrique francophone et d’ailleurs. Les organisateurs n’ont pas complètement réussi leur pari : la chaleur dans le gymnase est surtout venue de la couleur noire, la blanche étant moins présente.

Wilgis Agossa, l’âme motrice du projet, n’était cependant nullement découragé par le déséquilibre des couleurs. Intimement convaincu de la puissance de cette première étape dans le processus de rapprochement entre les immigrants plutôt récents et les descendants d’immigrants de plus longue date, il a clôturé l’évènement en soulignant avec confiance qu’il s’agissait-là d’une « première expérience, du début de l’aventure ».

Le Béninois d’origine avait franchi un pas décisif le jour où il prit conscience de la valeur que pouvait apporter la connaissance de l’histoire de la francophonie manitobaine. Cet Africain d’ici milite pour le rapprochement par l’action : « Si je veux parler d’harmonie, je ne peux pas juste rester dans mon bureau. »

Le Jour J/Toi, Moi et Nous de l’Accueil francophone s’inscrit dans l’impératif besoin « d’agrandir l’espace francophone », une volonté formulée par la Société franco-manitobaine en 2001. Il devenait alors évident que la multiplication des mariages entre amoureux francophones et anglophones mettait en péril l’idée même d’une francophonie manitobaine. De leur côté les Québécois continuaient à renforcer leur position démographique en recevant des immigrants francophones de diverses origines.

Bien que le Québec ait la haute main sur son immigration, le Fédéral établit en 2003 qu’au moins 4,4 % d’immigrants qui arrivent au Canada et qui s’installent à l’extérieur du Québec soient francophones pour que les francophones des autres provinces maintiennent leur poids démographique relatif. 2003 est aussi l’année où, suite à des pressions effectuées par la toute récente Amicale de la francophonie multiculturelle du Manitoba, la SFM se décide à mettre sur pied l’Accueil francophone.

La douzaine d’années d’existence de l’Accueil francophone suffirait à remplir un gros livre dont le fil conducteur reviendrait à documenter le travail d’un personnel aidant des humains venus pour rester, mais fragilisés par leur grand saut dans l’inconnu et obligés d’absorber les inévitables difficultés d’adaptation aux réalités de leur nouveau pays. Projeter d’agrandir l’espace francophone se conçoit assez bien sur papier. Trouver, puis prendre les moyens pour faire évoluer les mentalités de la société d’accueil dans le sens de l’ouverture est une autre affaire.

Il n’est vraiment possible de rencontrer l’autre, l’étranger qui vient refaire sa vie qu’à la condition expresse d’échanger avec lui de coeur à coeur. Il faut vouloir découvrir la part humaine de l’autre, s’efforcer de dépasser toute étiquette. Il faut refuser de céder aux réflexes de rejet ou d’indifférence qui nous tiennent trop souvent prisonniers de nous-mêmes. Il va de soi que la réciproque est aussi vraie. Il est essentiel que l’immigrant trouve la force de s’ouvrir, même quand il doute de la chaleur de l’accueil.

Au vrai, afin de développer la présence d’un bilinguisme françaisanglais/ anglais-français sûr de sa légitimité manitobaine, une double nécessité d’ouverture s’impose. Cette vérité, les organisateurs du Jour J/Toi, Moi et Nous l’ont parfaitement comprise. Maintenant, davantage de voix vont devoir s’élever du côté de la jeunesse de vieille souche. Ces leaders en devenir pourront -entre autres- s’inspirer d’une formidable initiative conjointe de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba et de l’Accueil francophone : un cercle de partage entre des grands-mères métisses et des grands-mères africaines.

D’évidence, l’agrandissement de l’espace francophone passe par la multiplication d’espaces francophones, de nouveaux réseaux d’humanité formés autour d’un désir de connaître l’autre. Sûrement, quelques nouvelles amitiés se sont nouées lors du Jour J/Toi, Moi et Nous . Tel est le secret pour consolider l’avenir d’un projet bilingue au Manitoba : chaque lien personnel qui se tisse en français, chaque amitié qui se développe entre Toi  et Moi  consacre un autre Nous, un nouvel espace francophone. Un espace d’ouverture, seul garant de l’avenir d’une vie française au Manitoba.

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